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BLUES SECRETS (LEADBELLY)

Après Charley Patton, un deuxième article pour cette nouvelle série de portraits consacrés aux légendes du blues. Ces portraits se veulent à la fois des stories, des histoires de vie mais aussi des analyses de style où vous découvrirez  tout ce qui façonne le son et le phrasé des légendes du blues. A noter que l’on s’intéresse ici spécifiquement aux guitaristes. Cette fois, et toujours au chapitre des pionniers, nous allons parler de Leadbelly.

UN MULTI-INSTRUMENTISTE PRÉCOCE

Avant toute chose et comme pour les articles consacrés aux pionniers, je vous engage à relire l’introduction de cette rubrique Blues Secrets. Elle est consacrée aux hollers qui sont la base du langage blues et dont la trace est encore très présente chez les premiers bluesmen. Second pionnier parmi les pionniers, le fameux Leadbelly de son vrai nom Walter Boyd dit Huddie Leadbetter, est né en Louisianne en janvier 1888, bien que certaines sources évoquent l’année 1889 et même parfois 1885. Toutefois, 1888 reste la version la plus plausible.

Il n’est pas seulement guitariste mais multi-instrumentiste et son premier instrument est un accordéon qu’il reçoit très jeune de son oncle puis il se met à la guitare mais on le retrouve aussi au piano, à la mandoline, à l’harmonica et même au violon. Arrivé au Texas à l’âge de cinq ans, Leadbelly est précoce, joue de la guitare et chante dès l’âge de 15 ans, puis c’est justement au piano qu’on le retrouve un an plus tard dans les maisons closes de Shreverport !

C’est le début d’une carrière mouvementée qui le voit rapidement parcourir les routes du Texas où l’on raconte même qu’il aurait servi de guide à Blind Lemon Jefferson. Marié à l’aube de la vingtaine et jeune père de famille, Leadbelly reste un coureur de jupons invétéré, grand bagarreur n’hésitant pas à se servir de son colt au besoin, comme en 1917 où il passe par les armes un rival à propos d’une sombre histoire de fille et écope de 30 ans de prison au pénitencier d’Angola. En raison de sa bonne conduite, il est éligible pour une libération anticipée le 1er août 1934. 

BLUESMAN OU SONGSTER ?

La longue séquence en prison est paradoxalement fondamentale pour la carrière musicale de Leadbelly car ses talents de guitariste s’y affirmeront. Il les utilise en effet pour distraire prisonniers et gardiens, un vrai bon public au bout du compte. Et ils vont aussi l’aider à sortir de prison car les frères Lomax, grands collecteurs de musique pour la Bibliothèque du Congrès entendent parler de lui et sont très sensibles à l’étendue de son répertoire et à sa carrière qui est déjà considérable, même si une bonne partie a pour toile de fond la prison.

Alan Lomax réussit l’exploit de faire libérer Leadbelly qui devient le chauffeur des deux frères qui l’enregistrent en 1933 et 1934 avant qu’il grave plus de 40 faces pour l’American Record Corporation dont 5 seulement seront publiées. L’essentiel du répertoire blues de Leadbelly date de cette époque (1935-1940) car son style évolue ensuite en s’éloignant de ses racines blues. Il est en effet bientôt le pionnier du nouveau courant folk urbain de Greenwich Village et on le retrouve aux côtés d’artistes comme Woodie Guthrie ou  Pete Seeger.

Durant les années 40, Leadbelly connaît une popularité croissante mais il s’éteint malheureusement avec la décennie en 1949, victime de la terrible maladie de Charcot. En résumé, bien qu’il soit un bluesman dans l’âme, notamment au début de sa carrière, Leadbelly est un songster ou raconteur d’histoires et son répertoire est très varié. Berceuses, chants de cow-boys, country songs, tout peut y passer avec Leadbelly et bien sûr le blues. Un style de blues que l’on peut considérer comme une variante du blues texan mais qu’il rendra bien plus populaire pour le public blanc que pour le public noir où son écho est plus limité. 

THE KING OF 12 STRINGS GUITAR

La guitare 12 cordes est apparue à la fin du 19ème siècle au Texas puis dans le New Jersey où la 12 cordes la plus célèbre est la Stella fabriquée par Oscar Schmidt. Son ambassadeur emblématique est certainement Leadbelly, autoproclamé the King of the 12 Strings Guitar. Comme l’homme, son style de guitare est puissant et il utilise avec personnalité sa Stella en pratiquant un jeu à base de basses alternées à différents tempos mais très impressionnant sur les tempos les plus rapides. Il se sert d’ailleurs principalement de ce type de battement.

Côté style, si vous voulez avoir la régularité et la puissance de jeu de Leadbelly, je vous conseille d’utiliser un onglet pour le pouce. En effet, s’il n’a jamais été considéré comme un virtuose à l’instar d’un Blind Blake, sa mise en place n’en demeure pas moins redoutable. Un autre point essentiel réside dans son accordage très particulier. Avec des cordes de fort tirant, il respecte les intervalles de l’accordage classique (E, A, D, G, B, E) mais il s’accorde régulièrement 5 demi-tons en dessous soit (B, E, A, D, F#, B) voire 6 demi-tons en dessous. 

Je vous donne ci-dessous un lien qui vous permet d’avoir tous les accordages utilisés dans l’album King of the 12 strings Guitar (Columbia) grâce au travail remarquable de Chris Berry & Andrew Mullins…Ca laisse rêveur. On trouve plus rarement des open tunings, mis à part l’open de G (D, G, D, G, B, D) lorsqu’il joue (assez rarement) en slide comme dans Packin’ Trunk. Côté harmonique, Leadbelly utilise bien sûr les séquences classiques du blues mais le format en 12 mesures n’est pas fréquent.

Les accords sont les 3 accords générateurs (E, A, B en E) mais leur distribution n’est la pas la même que dans la grille classique et sont souvent répartis sur des cycles de 8 mesures. Ceci est assez logique lorsque l’on sait que son jeu s’inspire autant des country songs que du blues.

Les liaisons mélodiques sont principalement exécutées sur les basses et constituent souvent des riffs qui peuvent être considérés comme les bases du blues moderne et du rock. Enfin, sur le plan rythmique, on est très binaire et le ternaire apparaît seulement et assez rarement sous forme d’un léger swing feel.

Parmi les titres les plus connus de Leadbelly, Where Did You Sleep Last Night est certainement la balade bluesy number one, notamment du fait de la reprise de Nirvana.

Mais si vous voulez écouter son blues, alors il y a Packin’ Trunk, Becky Deem She Was a Gamblin’ Girl, Four Day Worry Blues, Ox Drivin Blues ou T.B. Woman Blues, titres que vous trouverez dans le fameux album King of the 12 strings guitar.

Car même s’il s’était ainsi autoproclamé, Leadbelly était vraiment le roi de la 12 cordes...

L’album essentiel : King of the 12 strings guitar : https://www.youtube.com/watch?v=beMmfjusc0I


Les accordages de l’album King of the 12 strings guitar : https://weeniecampbell.com/wiki/index.php?title=Leadbelly_Guitar_Keys_and_Positions

JJ RÉBILLARD



Rédigé le  28 mai 2019 19:32 dans BLUES SECRETS  -  Lien permanent

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