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STORY ET ANALYSE DE STYLE : PRINCE (PART 1)


En hommage à Prince, ce génie qui vient de nous quitter, voici un extrait du Guitar Collector's N°33 qui lui était dédié en janvier 2003. Curieux, après la Story & analyse de style de Mark Knopfler qui n'est pas encore terminée, j'avais choisi de consacrer la suivante à Prince mais l'actualité m'a rattrapé. Vous retrouverez la suite de cette Story et analyse de style dans les semaines qui viennent.

38 PISTES SINON RIEN

Un musicien hors-pair, un compositeur et un arrangeur génial, un producteur averti, un homme d’affaires redoutable et visionnaire.......Les qualificatifs élogieux ne manquent pas aux fans de Roger Nelson lorsqu’on leur demande de définir la personnalité du maitre.

Pourtant, Prince restera un artiste controversé, respecté mais souvent mal compris un peu comme un certain Jimi Hendrix. Artiste majeur des années 80 aux côtés de Michael Jackson, Prince est un des créateurs de l’électro-funk.

Multi-instrumentiste et guitariste talentueux, The Artist est également un arrangeur et un producteur de premier plan. C’est ce que j’ai immédiatement constaté en faisant la sélection des titres et extraits de ce Collector.

Grand amateur de funk et de soul, je connais Prince depuis ses débuts et je l’ai toujours apprécié, notamment pour son sens de l’innovation et pour le son fantastique de ses productions. Je pensais donc avoir un peu de souci avec des titres comme Let’s Go Crazy ou Purple Rain mais la finalité a dépassé toutes mes craintes.

38 pistes par titre en moyenne dont 10 pistes de guitare, en bref la plus grosse production mise en oeuvre pour réaliser un Collector !!

Normal : Prince est propriétaire des studios Paisley Park qu’il ne quitte pas tant qu’il n’en a pas fini avec un titre. La réalisation de ce magazine a donc exigé un énorme travail de relevé, de guitare et de productIon.

Le jeu en valait la chandelle car vous allez tout savoir sur les secrets du prince de l’electro-funk. Ainsi, le mystère entourant le premier accord de Purple Rain, les sons étranges de Cream ou la séquence harmonique de Let’s Go Crazy seront levés.

Et le cours de guitare que vous allez prendre sera des plus complets, car les scores et les play backs ont été construits en ce sens. L’année 2003 démarre fort avec ce GC33. D’ailleurs, dites 33, vous allez en avoir besoin...


A PROPOS DU STYLE ET DU SON

Outre le caractère particulièrement original des compositions princières, c’est la production et le son qui apparaissent déterminants à la première écoute. Que cela soit sur Bambi (1979), Purple Rain (1984) ou dans Cream (1991), le son apparait d’emblée très abouti alors que l’arrangement semble évident, genre drums electroniques, basse, un clavier, une guitare...

Et puis on découvre progressivement un shaker subtil, des percus au son inédit, plusieurs claviers avec parfois différents sons pour une même partie et des guitares...deux guitares, trois quatre, sans parler des effets spéciaux. A l’arrivée, un titre compte facilement sept ou huit pistes de guitare voire plus.

Un enfer à gérer, si l’on rajoute les pistes de voix qui sont traitées de façon très particulière, en dialogue permanent avec les autres instruments tout en se répondant entre elles. Au plan instrumental, n’en parlons pas. Le chorus de Purple Rain peut sonner. Derrière la lead, il y un piano, des cordes, deux guitares rythmiques clean, quatre guitares saturées de base, plus une guitare saturée percussive !!


PARCOURS ET INFLUENCES


Des arrangements et une production ultra sophistiqués sont donc les premières caractéristiques du style et du son. Elles correspondent à un parcours et à des influences bien particulières. Prince est né en 1958.

Fils d’un musicien de jazz , style très présent dans sa culture musicale (Miles Davis, John Coltrane), son enfance est naturellement marquée par la musique des sixties.

Le rythm’n blues d’Otis Redding, la soul de Solomon Burke et de Sly Stone, le funk de James Brown, le rock de Jimi Hendrix ou des Beatles font naturellement partie de son décor musical.

La fusion de ces différents styles sera le Minneapolis Sound, prolongement naturel du fameux West Side Sound de Chicago auquel on ajoute un bon zeste de funk, notamment celui de Georges Clinton (Parliament, Funkadelic). Le blues n’est pas complètement absent de l’histoire car Chicago et Kansas City ne sont pas très loin de Minneapolis.

Naturellement, il ne s’agit pas de blues roots mais du blues des grandes formations avec sections de cuivre. Le Minneapolis Sound sera le dernier courant musical affilié à une grande ville. Prince peut être considéré comme le principal initiateur de ce courant qui correspondra bientôt à une véritable pépinière de talents, tous révélés par Roger Nelson.

Ainsi, Morris Day, Jesse Johnson, Jimmy Jam ou Terry Lewis du groupe The Time. Ces deux derniers deviendront à leur tour des producteurs avertis avec Janet Jackson qui connaitra le succès que l’on sait.

Question parcours, celui de Prince est peu courant. Jeune pianiste plutôt doué, Roger Nelson est marqué par une rencontre déterminante en 1968, à l’âge de 10 ans. Accompagné de son beau-père, il se rend en effet au concert que James Brown donne à Minneapolis.

Hissé sur scène, il se permet quelques pas de danse avec le père du funk et de la soul. A compter de ce jour, sa décision est prise : il sera l’un des grands compositeurs du siècle, quelque soit le travail pour y parvenir. C’est ainsi que Prince devient très exigeant envers sa personne, ce qui explique qu’il le soit avec les autres et passe parfois pour un vrai tyran.

A l’âge de 12 ans, il se fait offrir sa première guitare électrique par son père et se lance également dans l’étude de presque tous les instruments. La batterie, la basse, les percussions n’ont bientôt plus de secret pour lui.

Lorsqu’il ne pratique pas un instrument (cordes, cuivres), il sait écrire les arrangements adéquats. Enfin, Prince est un redoutable chanteur qui a parfaitement intégré le feeling et les performances vocales d’un James Brown ou d’un Solomon Burke.

Le fait de pratiquer tous les instruments lui permet d’être complètement autonome. Manque la science du son, mais le problème est vite résolu avec Chris Moon, qui lui apprend les secrets de la technique et lui prête son studio.

Prince n’a donc plus besoin de personne pour parvenir à ses fins et cette situation est déterminante dans sa réussite tout en étant peut-être ensuite son talon d’achille lorsque l’inspiration devient moins performante, à partir de la fin des années 80.

Multi-instrumentiste hors-pair, compositeur, arrangeur ou producteur surdoué, bourreau de travail ultra-perfectionniste, c’est la personnalité de The Artist. Complexe et loin des normes... 

JJ RÉBILLARD

Rédigé le  22 avril 2016 12:40 dans PRINCE  -  Lien permanent

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