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STORY ET ANALYSE DE STYLE : ERIC CLAPTON (PART 3)



LE SON CLAPTON



Le son Clapton est d’abord celui du blues. N’oublions pas qu’Eric a appris son instrument en repiquant à l’oreille tous les plans de ses bluesmen préférés. Mais il a largement personnalisé les phrasés de ses maitres, notamment au plan sonore. Le son de guitare a beaucoup évolué depuis le début de sa carrière et on distingue plusieurs périodes. Pendant les années 60, Eric utilise des sons plutôt saturés qu’il obtient à partir du mariage Les Paul-Marshall ou SG-Marshall. A partir de 1970, il délaisse les Gibson au profit de la Strato qu’il branche sur des Marshall ou des Fender. Le son est plus clean, souvent crunchy ou teinté d’overdrive. C’est le fameux son Clapton qui correspond à la légende, jusqu’en 1994. From The Craddle voit un retour aux sources électriques du Chicago Blues, mais nous sommes en pleine période grunge et Eric utilise parfois des sons ultra-saturés, la version moderne du son Elmore James en quelque sorte. Dans Pilgrim, les sons sont plus variés et Clapton emploie une palette très complète comprenant à peu près tous les sons de sa longue carrière. Mais c’est le tandem Fender Stratocaster - Fender Twin Reverbe qui reste la marque de fabrique du son Clapton, celui que l’on reconnait à la première note. Côté micros, Eric emploie souvent les positions intermédiaires de la Strato, avec une préférence marquée pour la combinaison micro central-micro chevalet qui est encore une des ses marques de fabrique. Le son Clapton est encore celui de sa voix, pleine d’expression, le dialogue chant-guitare étant à la base de toute sa musique.


UNE PRODUCTION RICHE EN ASTUCES

La production des albums d’Eric Clapton semble toujours simple de prime abord. A titre d’exemple, la première écoute d’un titre comme Cocaïne ne permet pas forcément d’entendre les nombreux overdubs qui révèlent au moins 4 à 5 pistes de guitare. Il en est de même pour Layla dont l’arrangement est somptueux. Vous aviez d’ailleurs pu apprécier le fameux score pour 6 guitares dans le Guitar Collector n°2 consacré à Eric Clapton. En fait, la production est conçue dans un esprit live. Comme le groupe compte généralement deux guitaristes, le but est d’entendre deux guitares. Le mix est donc en conséquence mais il y a souvent des parties complémentaires. Ainsi, il est impossible d’obtenir la puissance de son de Riding With The King sans ajouter une ou deux parties à la rythmique de base. Les guitares supplémentaires se fondent dans la masse et on ne les entend qu’à de rares moments, en écoutant bien chaque enceinte. Donc, méfiance...
A titre indicatif, lors de l’enregistrement de Riding With The King pour le GC39, j’avais deviné la présence d’une rythmique saturée dans l’enceinte de droite en écoutant l’original. Je l’enregistrais donc et la plaçais au même endroit que dans l’original. Mais en enregistrant la guitare 1 de l’original, située plus à gauche, je n’arrivais pas à obtenir le même son que dans la v.o. De plus, il manquait une assise à cette guitare 2 et je me souvins que ce genre de groove est souvent le fait de deux guitares. J’ai donc enregistré une partie supplémentaire en tenues strictes dans la première partie du morceau. De cette façon, on n’entend pas cette partie mais elle ajoute du corps et du swing à la guitare 1. A partir du pont, la guitare supplémentaire est beaucoup plus fournie mais elle reste dans le groove de la guitare 2 et on ne l’entend pas davantage. Souvenez-vous de cette astuce qui est une ruse de production que l’on retrouve dans bien d’autres styles.    




AUTHENTICITE ET MODERNITE


Le son Clapton privilégie l’authenticité, notamment grâce à la qualité des prises pour lesquelles il a travaillé avec Alan Douglas durant de nombreuses années. Ainsi, les guitares acoustiques ne sont pas aussi vintage que celle des 78 tours de Robert Johnson mais si l’on écoute un titre comme How Long Blues (From The Craddle), on a vraiment l’impression d’être dans une taverne de Chicago au coeur des années 30. On croirait presque entendre Leroy Carr et Skrapper Blackwell. De fait, Eric Clapton est un spécialiste des reprises et il faut souligner qu’il a le don d’exhumer des trésors en proposant de nouvelles versions toujours très réussies. Son travail de collecte est considérable et il lui doit certainement son sens de l’authenticité. Le mix est toujours le fait d’Alan Douglas ou de ses pairs, mais Clapton supervise largement l’affaire en n’oubliant pas de s’entourer du coproducteur idéal qui lui apportera la modernité. Depuis Pilgrim, il travaille ainsi souvent avec Simon Climie, spécialiste de Pro Tools et homme de goût. Le tandem fonctionne aussi bien en électro qu’en traditionnel, la production de son tribute à Robert Johnson étant à cet égard particulièrement réussie. 


JJ RÉBILLARD


Rédigé le  27 oct. 2014 15:38 dans ERIC CLAPTON  -  Lien permanent

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