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STORY ET ANALYSE DE STYLE : BOB MARLEY (PART 4)



LA GUITARE SELON BOB MARLEY


Bob Marley est un excellent guitariste rythmique qui a eu les meilleurs professeurs pour affiner son style tout au long des sixties. Il joue naturellement toutes les formules à contretemps en croches ou en doubles croches. Mais ses rythmiques ont une couleur bien particulière car elles sont très percussives, le son de l’accord étant à peine perceptible du fait de sa technique main gauche. Celle ci étouffe le son en relachant légèrement sa pression selon différentes variantes.

Si la pression est relachée en permanence, la rythmique est totalement percussive (I Shot The Sheriff, Slave driver). La pression peut également être relachée juste après l’émission de la croche (Natural Mystic, Could You Be Loved) ou entre les deux doubles croches (Sun Is Shinning, Get Up Stand Up). Dans ce cas, la rythmique est mixte et on entend le son de l’harmonie ainsi qu’une percussion.

C’est en quelque sorte un coup à prendre et il faut savoir doser la pression pour obtenir ces différents effets. Par ailleurs, il arrive que ces rythmiques soient légèrement mutées en main droite. Bob joue également quelques cocottes mais laisse plutôt ce rôle aux autres guitaristes afin de se concentrer sur son chant. Enfin, certaines rythmiques peuvent avoir une consonance funky (Exodus). 



UNE TECHNIQUE MAIN DROITE SPÉCIFIQUE

On notera que Bob Marley a une technique main droite spécifique basée sur l’emploi du pouce en guitare acoustique. Il n’utilise presque jamais le médiator, lui préférant la pointe de l’index qui rend ses attaques plus tranchantes.

Côté accords, on retrouve les positions du funk, sur les trois ou quatre cordes aigües qui laissent à la basse et aux claviers tout le loisir de s’exprimer. Comme nous l’avons déjà vu, chaque instrument a un rôle très précis en reggae et participe à un édifice sonore global.

Ceci est vrai au plan rythmique comme au plan harmonique. Ainsi, pas question d’en rajouter avec des dead notes inutiles qui prendraient la place des percussions.

De la même façon, on préfère construire l’harmonie à partir de plusieurs instruments et c’est pour cette raison que l’on emploie les positions d’accords citées précédemment.

En résumé, le premier intérêt de ce style de jeu est donc rythmique. Soyez très précis et respectez avant tout la mise en place si vous voulez être fidèle au spirit of reggae....
  


LES GUITARISTES DES WAILERS

Durant toute sa carrière, Bob Marley s’est toujours entouré des meilleurs guitaristes. Le premier est évidemment Peter Tosh, connu pour ses riffs et autres cocottes, ses leads et son jeu subtil à la wah wah (I Shot The Sheriff). Sur l’album Catch A Fire, le guitariste Wayne Perkins originaire de l’Alabama a donné une couleur blues rock complètement nouvelle en reggae. Le solo de Concrete Jungle en est un excellent exemple.

Avec l’album Natty Dread, l’excellent guitariste américain Al Anderson a introduit une dimension bluesy complémentaire au travers de superbes phrasés (Lively Up Yourself, No Woman No Cry) que ne renierait pas un B.B.King.

Al restera fidèle à Bob jusqu’à la fin mais ne participera pas systématiquement à tous les albums. On n’oubliera pas le spécialiste de la rythmique Earl "China” Smith que l’on retrouve sur Rastaman Vibrations.

Enfin, Julian "Junior” Marvin a joué sur tous les opus de la dernière période, à partir d’Exodus. Il s’y révèle très inspiré dans des registres variés. Riffs, cocottes, rythmiques, leads bluesy à la T.Bone Walker, solos hendrixiens puissants caractérisent le phrasé de ce Jamaïcain qui partage son temps entre Londres et Kingston.
 

En reggae, le jeu est avant tout basé sur les rythmiques, le plus souvent à contretemps (voir le paragraphe précédent). Chez les Wailers, Bob s’en charge dans la plupart des cas, bien qu’une seconde rythmique complète souvent la première. Les cocottes (riffs dont les notes sont mutées par la main droite) sont également très fréquentes et restent généralement l’apanage de la seconde guitare.

Le muting de la main gauche est employé à maintes occasions, notamment pour effectuer les dead notes et autres rythmiques percussives. Enfin, la main droite est une véritable horloge. Le poignet doit être souple, les attaques franches et précises, les nuances subtiles, le groove implacable...
Les gammes utilisées pour construire les riffs et les leads sont la gamme pentatonique mineure, la gamme pentatonique majeure, la gamme de blues au premier stade et au troisième stade.

Les croisements sont fréquents et donnent souvent naissance aux gammes hexatoniques (pentatonique mineure + 2de M ou 6te m, pentatonique majeure + 4te J ou 7ème M). Les effets de jeu sont d’abord les effets du blues : les pull off et les bends sont majoritaires, suivis des slides et des hammers, ces derniers étant de loin les moins nombreux. On trouve beaucoup de stops main gauche et de notes piquées, du fait des rythmes assez complexes et de l’accentuation qui crée les subtilités du phrasé. L’utilisation de la pédale wah wah n’est pas rare, le solo de Them Belly Full (Al Anderson) étant exemplaire à cet égard. 

On terminera cette étude sur le style de Bob Marley en rappelant l’importance de ses textes et autres messages. Il s’est fait le porte-parole du tiers monde et du rastafarisme auquel il a donné une dimension planétaire. Bob Marley est donc bien le fils spirituel de Marcus Garvey dont il a transcendé l’oeuvre et la pensée à travers le reggae qui est devenu un style musical et un mode de vie universel.

JJ RÉBILLARD

Rédigé le  6 avril 2015 17:48 dans BOB MARLEY  -  Lien permanent

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