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HOMMAGE A B.B. KING (PART 1)



UNE FORCE DE LA NATURE

Le 14 mai 2015, B.B. King est parti rejoindre à l’âge de 89 ans tous ses vieux amis bluesmen disparus. Et pourtant il enchainait encore concert sur concert en octobre 2014 à près de 90 ans.

Une longévité exceptionnelle et une véritable force de la nature, un peu comme un Rufus Thomas, l’éternel adolescent de la soul et du funk, son ainé de 8 ans, qui assurait encore diaboliquement en concert à 80 ans.

Ecoutez sa version de Do The Funky Chicken sur Live In Poretta en 1997. Le tempo a pris 25 points de plus que dans la version originale de 1970. Même si les styles sont différents, ces deux-là auront assuré jusqu’à leur dernier souffle. 

INFLUENCES

Né en 1925, Riley B. King est le cousin du célèbre Bukka White qui lui donne sa première guitare à l’âge de 9 ans (en 2015, le maître avait donc 80 ans de guitare !!). La première influence pour le jeune Riley est le gospel mais il découvre rapidement le blues avec Blind Lemon Jefferson, l’un des pionniers du blues texan. Il est ensuite profondément marqué par les phrasés de Lonnie Johnson, autre grand pionnier du blues texan et créateur du jeu note à note en solo. Ce type de jeu devient une véritable marque de fabrique du style de B.B. King. 

L’influence d’un troisième grand maitre texan, T-Bone Walker est également perceptible et son jeu jazzy est une référence pour Riley. Comme T-Bone, B.B King est aussi un adepte des grandes formations, des big bands ou dominent les cuivres. A partir de toutes ces influences, il développe un style très personnel basé sur un jeu presque exclusivement lead, les accords que l’on peut parfois entendre résultant davantage de l’utilisation de doubles stops ou doubles notes qui se superposent à la basse. L’harmonie est très présente dans son jeu mais c’est le résultat de son utilisation savante des notes caractéristiques. 

LE CRÉATEUR DU MEMPHIS BLUES MODERNE

B.B. King est le créateur du Memphis blues moderne, ancêtre du blues fusion. Le son de Riley est reconnaissable à la première note et son jeu recopié par tous les guitaristes de blues, même s’il n’est jamais égalé. Un jeu au caractère à la fois désuet, presque primitif en apparence, dans la plus pure tradition du Texas blues ou du Delta blues, et à la fois puissant avec des nuances incomparables. Rythmiquement, il a également l’art de se placer subtilement « before the beat » ou « behind the beat » et son jeu est finalement assez difficile à suivre note pour note. Les principales caractéristiques de son style sont les suivantes.

• Des accents et dynamiques extrêmement variés (ils sont en fait les véritables moteurs de son jeu) 

• L’utilisation de toutes les gammes du blues avec une préférence pour les constructions à partir de la pentatonique M (l’influence de Lonnie Johnson)

• Une prédilection toute particulière pour les questions-réponses interpentatoniques avec les gammes de blues au 3ème stade qui sont très fréquentes.  

• L’utilisation de tous les effets de jeu avec dans l’ordre, le vibrato, les bends et les effets d’appoggiature. 

• Une complexité rythmique parfois redoutable (deuxième moteur du phrasé) et une simplicité apparente des plans extrêmement trompeuse.

ANALYSE DE DEUX SOLOS

Pour illustrer le style de B.B. KING, voici deux exemples de solos bien connus. 

Le chorus Sweet Little Angel est un solo de 12 mesures en Do blues typique du Memphis blues jazzy. Le système questions-réponses est d’abord basé sur le dialogue interpentatonique, puis sur le mélange des gammes de blues au IIIème stade dans différentes positions avec quelques arpèges. Côté technique d’improvisation, on commence avec un survol de la tonalité, puis le phrasé est basé sur une improvisation blues au coup par coup très respectueuse des harmonies.

Dans The Thrill Is Gone, le jeu est plus simple. Sur ce blues mineur en Si, grand hit du King Of The Blues, le chorus d’intro est basé sur la gamme pentatonique mineure à laquelle on ajoute quelques chromatismes qui sont autant de légères dissonances du meilleur effet. On note aussi la présence d’arpèges avec un phrasé caractéristique. Le solo central est basé sur les mêmes principes mais on remarque la présence curieuse de la blue note n°2 (3ceM) alors que l’accord comporte une 3cem. Toujours le principe de la dissonance bluesy dont le King a le secret. 

Je vous retrouve bientôt dans la partie 2 de cet hommage à B.B. King car il a eu une grande importance pour moi à un moment précis de ma carrière et je me dois de vous raconter cela en détails…


JJ RÉBILLARD

Rédigé le  5 juin 2015 20:16 dans B.B. KING  -  Lien permanent

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