Blog JJ Rébillard

PRINCE

STORY ET ANALYSE DE STYLE : PRINCE (PART 5)


ANALYSE DE STYLE DES TITRES EN VERSION INTÉGRALE

• PURPLE RAIN

Anatole inversé : Purple Rain ou comment créer un chef d’oeuvre avec un anatole inversé !! Au niveau son, commencez en son clean avec du chorus ou du flanger et prenez un son saturé de type distorsion sur la guitare 5 avec pas mal de drive. Sur le solo, vous pouvez ajouter un delay réglé à 508 ms.

A priori, il n’existe pas (ou plus de vidéo) où l’on voit clairement Prince jouer ce titre sur scène. L’une des rares vidéos où l’intro (justement) et une partie du solo manquait a disparu pour cause de contenu protégé par le droit d’auteur.

Donc, toutes les questions sont restées sans réponse au sujet de l’intro telle qu’elle a été jouée en studio pour l’album du même nom. Et entre autres la question du premier accord qui a un son monumental et harmoniquement très riche, même si les effets amplifient le phénomène.

Le casse-tête chinois du SibM9 et de l’intro : comme tout le monde, je jouais l’intro avec le fameux SibM9 en barré à la case 1, certains petits malins jouant carrément le morceau en La pour bénéficier des cordes à vide.

Mais lorsque j’ai dû refaire l’intro de Purple Rain pour GC note pour note, je me suis tout de suite aperçu que mon seul SibM9 était bien insuffisant pour approcher l’original. Pourtant, je devais absolument retrouver les secrets de cette intro, en particulier du premier accord…

Je me cassais donc bien les doigts dessus et usais mes oreilles pour entendre. Au bout du compte, j’ai essayé toutes sortes de positions. En effet, on entend un Ré en résonnance sur le premier accord. Or, ce Ré n’existe pas sur le SibM9 en barré.

Une autre position un peu tarabiscotée avec le Ré à vide sonne assez bien mais il n’y a plus la 9ème M. Ceci sous-entend donc l’idée d’une seconde partie de guitare différente en termes de positions mais rigoureusement identique pour le rythme et les motifs mélodiques, utilisant des cordes à vide.

Au final, je dois bien me rendre à l’évidence : avec une seule guitare, impossible d’avoir le même son que Prince, pour le premier accord, comme pour l’ensemble de l’intro. Donc, quelle recette utiliser ?

La bonne recette : d’entrée, notre arpège d’introduction n’est pas des plus évidents et demande de bien étudier les changements de positions ou les doigtés main gauche. Pour le jouer, trois solutions. La première consiste à utiliser un accordage standard et le SibM9 en barré case 1.

J’ai laissé la guitare 2 sur le play-back du GC Prince et la combinaison des deux parties sonne comme l’original avec le fameux Ré en résonance sur le SibM9 de cette guitare 2. C’est de loin la solution préférable, si vous avez le CD du mag…Mais justement, la guitare 2 demande à être connue.

L’indispensable guitare 2 : que joue-t-elle exactement ? Deux possibilités : un capodastre à la case 1 ou un accordage ½ ton plus haut qui permet de jouer en La avec les cordes à vide, mais un demi-ton plus haut. C’est certainement cette solution qui a été adptée en studio et Prince a préféré en garder le secret pour la légende.

Le SibM9 est joué en renversement avec le fameux Ré à la basse, d’où cette résonance que l’on entend. Ensuite, pour les accords suivants, les cordes à vide aident à obtenir légato et fluidité. Dans tous les cas, cette combinaison de deux guitares permet de retrouver exactement le son de l’original.

A deux guitares c’est mieux !! Un seul inconvénient pour cette guitare 2 qui se limitera à l’intro et aux rythmiques : car  si l’accordage 1/2 ton plus haut ou le capodastre permettent de sonner exactement comme l’original, vous serez dans l’impossiblité de jouer le solo.

En effet, vous allez vous casser les doigts sur les bends si vous êtes accordé en Fa et vous devrez jeter votre capodastre en cours de route dans le deuxième cas. Donc, l’idéal est de jouer ce morceau à deux guitares et le solo sera joué par la guitare 1 sans capo et en accordage standard.

Dans ce dernier cas, vous devrez jouer en retrait la guitare 1 pendant l’intro et les couplets et baisser le volume de votre instrument. Les premiers couplets et le refrain 1 sont des variantes de l’introduction sur des séquences harmoniques légèrement différentes.

 A partir du refrain 2, vous devez effectuer des dead notes et un muting conjoint de la main droite (guitare 2) qui demandent une précision considérable.

Croisements : les leads de liaison (guitare 1) sont composés sur Sib pentatonique M  et on remarque l’utilisation de Fa pentatonique M sur FaM. La dernière note de cette phrase correspond à un croisement avec la gamme majeure à laquelle on emprunte la quarte.

Dans le couplet 3, on remarque une phrase très bluesy sur la pentatonique m de Sib qui contraste avec le caractère très majeur du morceau.

Le solo, bâton du maréchal : le solo est superbe, principalement construit sur Sib pentatonique M, avec ajout régulier de la septième majeure. Les bends sont des modèles en matière d’expression et on retrouve le lyrisme d’un Carlos Santana.

A partir de la mesure 9, soignez le médiator car le trémolo picking de cette mesure et la phrase véloce de la mesure suivante ne vous feront pas de cadeau. Sur la mesure 13, mutez légèrement en main droite tout en accentuant crescendo. La dernière partie ne pose pas de problème particulier.

Outro : sur le final, remarquez la montée en puissance dûe à la conjonction de deux guitares clean et de six guitares saturées sans oublier les claviers et les cordes. Du grand art. Enfin la dernière note demande d’utiliser un preset comportant une grande quantité de réverbe pour reproduire l’effet du périphérique en studio.

JJ RÉBILLARD




Rédigé le  10 sep. 2016 18:35 dans PRINCE  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : PRINCE (PART 4)


ANALYSE DES TITRES EN VERSION INTÉGRALE


• LET’S GO CRAZY

Un véritable hommage à Solomon Burke…et à son Everybody Needs Somebody To Love magistralement repris par les Blues Brothers.

Ce titre recèle quelques bottes secrètes, parfaitement typiques des astuces princières et je vais me faire un plaisir de vous les dévoiler dans les lignes qui suivent.

Mais il est également conseillé d’avoir le CD du GC33 consacré à Prince pour parfaitement comprendre la fabuleuse alchimie des guitares imaginée par le maitre.

Pour la comprendre, j’ai dû écouter le titre pendant des heures, surtout la première partie puisque l’on pourrait comparer cette alchimie à une véritable partie de ping pong en double d’une enceinte à l’autre.

10 pistes sinon rien : lorsque l’on connait le véritable nombre de pistes utilisées pour ces guitares (10 pistes très exactement), on comprend mieux et on saisit la difficulté du mix sur lequel The Artist a dû s’achaner de longues heures durant !!


Côté son, voici mes prescriptions : au début mettez votre volume guitare à 7 en utilisant un micro simple + un double et prenez une disto en bonne quantité. Lorsque vous changez de partie, mettez votre volume à 8 puis à 10 sur le solo en conservant uniquement le micro double. Pour la guitare 5 (solo final), ajoutez un compresseur et un delay réglé à 306 ms.

Astuces harmoniques : commençons l’analyse avec la première astuce concernant les harmonies de clavier. Dans un premier temps, on pense, tiens voilà la reprise de Everybody Needs Somebody To Love.....On joue donc la séquence harmonique F# - B/F# - E/G# - B/F#. Le synthé exécute cette partie mais pas l’orgue qui joue dans le même temps F# - G#m/D# - C#m/G# - B/F#.

Une idée en soi réalisable, puisque les deux accords mineurs de la deuxième séquence sont les relatifs des accords majeurs de la première séquence mais il fallait penser à superposer les deux parties. Le fruit du hasard ? Une question que l’on aurait pu poser à Prince mais malheureusement, il aurait fallu le faire avant le 21 avril 2016...

Astuces de son : dans tous les cas, cette combinaison est le son de Let’s Go Crazy. Sans elle, ce titre aurait sonné complètement différemment et le clin d’oeil à Everybody Needs Somebody To Love aurait été trop évident. Deuxième astuce, l’orgue Leslie qui tourne et répond au synthé.

Troisième astuce, le placement panoramique des guitares. Les pistes 1 et 2 sont complètement L/R, et les guitares 3 et 4 à 180° effectuent un parfait dialogue. Les voix positionnées comme les guitares 3 et 4 complètent le dispositif. Quelle prod !!

Riffs et tenues en accords : techniquement, les riffs ou les tenues en accords sont assez faciles à exécuter mais il faut être précis, notamment dans le choix de la disto et la qualité des attaques. Pour le groove, n’oubliez pas le shuffle. Votre rythmique doit être un modèle de swing.

Notez l’utilisation simultanée des accords en position fondamentale et en renversements à la fin des couplets. Sur le pont 1, le shuffle est habilement suggéré et c’est beaucoup plus difficile à jouer qu’il n’y parait de prime abord.

Dans le pont 2, remarquez la superposition du F#5 et du D#. Encore une belle utilisation de la relativité avec un effet sonore unique, décuplé par les dissonances des claviers.


Solo 1 : le premier solo composé sur la gamme de Fa# pentatonique m n’est pas trop difficile. Il suffit d’être en place et de jouer des bends expressifs. Surveillez cependant le médiator et le legato de la dernière phrase.

Après des parties déjà connues, on passe aux bends en forme d’unissons qui nous rappellent un certain Jimi, une technique également utilisée par d’autres guitaristes mais dont était le spécialiste.

On notera qu’elle est ici particulièrement judicieuse et apporte un groove qui pousse véritablement et donne presque l’impression d’une accélération du tempo.


Solo 2 : et c’est maintenant que les choses vont se gâter avec le solo de la fin qui est basé sur la gamme de blues de Fa# au troisième stade.

Si vous laissez libre cours à votre inspiration sans vous soucier du phrasé exact et si vous savez bien utiliser la wah-wah, no problem. Si vous voulez sonner comme Prince, c’est beaucoup plus dur.

Apprenez d’abord les phrasés à basse vitesse sans employer la wah-wah puis ajoutez là en essayant de respecter la vitesse d’exécution puisqu’il faut effectuer une série de bruitages avant de reprendre l’outro. Une superbe phrase et de nouveaux bruitages concluent le morceau. Soyez en place sur le dernier accord !!

JJ RÉBILLARD

Rédigé le  17 juin 2016 19:55 dans PRINCE  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : PRINCE (PART 3)


MATOS DE CHOC

Prince utilise une grande variété de sons et sait les mélanger judicieusement.

Sons clean, crunch, overdrive, fuzz, ou distorsion avec une grosse saturation, tout y est mais Prince pense toujours au son global final.

Il reste en effet un producteur averti et sait que les mélanges sont impossibles à réaliser si le bon son n’a pas été choisi au départ pour chaque partie.

Les effets sont par ailleurs très fréquents (voir aussi ci-dessous).

On citera la wah-wah, la wah-wah automatique, le chorus, le flanger, le phasing, le delay, la réverbe ou l’harmoniser.

• GUITARES

Prince utilise principalement trois guitares. La première est une Höfner Telecaster en érable répondant au doux nom de Prinz’Model.

La deuxième, une custom surnommée l’ange bleu est la plus connue. Sa forme caractéristique ressemble à une lyre.

Elle est déclinée en trois versions de couleur différentes comportant la même électronique avec un micro simple bobinage et un micro humbucking.

Enfin, l’Oswald model C est très futuriste, avec sa corne du bas reliée à la tête.


• AMPLIS



Prince est un adepte du Mesa Boogie, tout comme son mentor Carlos Santana.

Il joue le plus souvent sur un Mesa Boogie Heartbreaker ou sur un Mesa Boogie Lonestar avec des armoires Mesa.

Mais il apprécie également les Soldano SLO 100 (avec des armoires Marshall) ou les Orange AD140 HTC (avec des armoires Orange).

Il utilise plus rarement des Vox ou un Roland JC120.




• EFFETS


Bien que ses saturations soient le plus souvent obtenues à l’ampli, les pédales Boss sont très appréciées de Prince.

Il emploie ainsi les disto Boss DS1, DS2 et MT2 (Metal Zone), l’overdrive Boss SD1, le digital delay Boss DD3, le flanger Boss FL2 ou encore l'octaver Boss OC2 mais cette liste n'est pas limitative.

Pour les autres effets, citons les effets de type aléatoire comme ceux du Zoom 9002, la réverbe, le delay, l’harmoniser (Whammy Digitech). Sa wah-wah est une Colorsound.


POUR AVOIR LE SON PRINCE


La guitare : utilisez de préférence une Fender Telecaster pour obtenir le son très précis de Prince. Une Fender Stratocaster peut également faire l’affaire.

L’ampli : sur ce point, aucun doute possible, il faut un Mesa Boogie. La plupart des modèles seront satisfaisants même si le Heartbreaker reste préférable.

Le mariage Telecaster – Mesa Boogie vous permettra d’obtenir immédiatement un son proche de celui du maitre.

Les effets : un multi-effet est conseillé avec différents types de distorsions et d’overdrives qui complèteront les sons obtenus à l’ampli.


Sinon, vous pouvez employer des pédales mais vous devrez avoir une véritable panoplie qui peut facilement dépasser les 10 pédales et là, on altère toujours un peu le son initial.

Car vous devrez disposer au minimum d’une wah wah (une manuelle et une auto), d’une overdrive, d’une distorsion, d’un chorus, d’un flanger, d’un phaser, d’un délay, d’un compresseur, en bref j’en passe et des meilleures…

JJ REBILLARD  
Rédigé le  28 mai 2016 20:23 dans PRINCE  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : PRINCE (PART 2)


LA GUITARE SELON PRINCE

Comme nous l’avons vu, le Minneapolis Sound résulte de la fusion entre le rock, la soul et le funk. De par sa personnalité, Prince va transformer l’essai et personnaliser encore le courant dont il est le créateur en lui donnant un son unique.

Naturellement, si l'on commence ce paragraphe avec un célèbre clavier comme illustration, rien ne va plus ! Mais à la base, Prince joue des claviers. Sa progression accompagne l’évolution fantastique des synthés à partir de la fin des années 70.

L’Oberheim, le Yamaha DX7 ou le Roland D50 sont ainsi des jouets pour Roger Nelson dont le son se transforme au fil de la sortie de ces produits. Avec ces nouveaux synthés et la fameuse Linn Drum, Prince crée l’electro-funk.

Mais Prince est également guitariste. Et le mélange des machines et des guitares au son authentiquement rock, voire metal définit le son princier.


INFLUENCES

Côté influences guitares, celle de Jimi Hendrix semble évidente et il est clair que le Voodoo Child a marqué notre homme. Pourtant, il ne revendique pas clairement cette influence.

Selon ses propres dires, il se sent beaucoup plus proche d’un Carlos Santana pour les leads ou du guitariste de James Brown pour les rythmiques funky.

A l’écoute et au regard des amplis utilisés (Mesa Boogie dans la plupart des cas), c’est partiellement vrai. Les leads du prince (Purple Rain) sont en effet chauds et lyriques, à l’image de ceux de Carlos.

Les rythmiques de Batdance ou I wanna be your lover sont de véritables hommages aux plus grands guitaristes de soul et de funk.

Mais certains plans restent directement apparentés à Jimi et à ses héritiers (le guitariste de Funkadelic), comme la fin de Let’s go crazy, ou dans les plans hard funk très fréquents chez Prince. 

Au plan purement technique, le jeu est assez sophistiqué. On signalera d’abord des qualités harmoniques exceptionnelles (voir l’analyse de Let’s Go Crazy).

RIFFS, RYTHMIQUES ET SOLOS

Pour les rythmiques, la signature est un mélange de formules issues du rock, du funk et du hard-funk. A titre d’exemple on citera les riffs de Let’s Go Crazy ou Bambi pour le rock, ceux de 1999 et de I Wanna Be Your Lover pour le funk, les rythmiques percussives de Purple Rain et le riff de Get Off en hard-funk.

Les mélanges croches-doubles croches, les dead notes, l’utilisation judicieuse des silences ou des syncopes et autres contretemps sont les bases du language princier en rythmique.

Du côté des leads, l’expression reste la première qualité de Roger Nelson. Il suffit d’écouter le solo de Puple Rain qui est un exemple plus que convaincant à cet égard.

En fait, Prince reste un guitariste au feeling très bluesy (voir les plans de Sign O The Times) doublé d’un lyrisme exceptionnel. Ses gammes de prédilection sont évidemment les gammes de blues.

On trouve d’abord la pentatonique mineure (solo de Let’s Go Crazy) et la pentatonique majeure (solo de Puple Rain). Les gammes de blues au troisième stade sont également fréquentes (Cream, fin de Let’s Go Crazy).

Les croisements sont employés. Ainsi, on trouve une phrase avec ajout de la seconde majeure et de la sixte majeure à la fin du solo de Let’s Go Crazy.

Dans celui de Purple Rain, Prince croise la pentatonique majeure avec la gamme majeure en empruntant la quarte ou la septième majeure à cette dernière.

On signalera encore quelques plans sur les gammes mineures ou les modes mais ils sont plus anecdotiques.

Enfin notre ami est un adepte des parties de guitares harmonisées avec deux, trois, voire quatre voix différentes.

Côté effets de jeu, on retrouve les slides, les hammers, les pull off, les doubles stops, les bends et autres plans hendrixiens à l’unisson. Musicien, compositeur, arrangeur, ou producteur plus que complet, à la personnalité parfois paranoïaque, secrète, tyrannique mais géniale, tel est Prince.

Qui l’aime le suive, mais il faut rendre hommage à l’un des musiciens les plus prolifiques de la fin du vingtième siècle sans lequel bien des courants actuels n’auraient peut-être jamais vu le jour. 

JJ RÉBILLARD
Rédigé le  21 mai 2016 17:34 dans PRINCE  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : PRINCE (PART 1)


En hommage à Prince, ce génie qui vient de nous quitter, voici un extrait du Guitar Collector's N°33 qui lui était dédié en janvier 2003. Curieux, après la Story & analyse de style de Mark Knopfler qui n'est pas encore terminée, j'avais choisi de consacrer la suivante à Prince mais l'actualité m'a rattrapé. Vous retrouverez la suite de cette Story et analyse de style dans les semaines qui viennent.

38 PISTES SINON RIEN

Un musicien hors-pair, un compositeur et un arrangeur génial, un producteur averti, un homme d’affaires redoutable et visionnaire.......Les qualificatifs élogieux ne manquent pas aux fans de Roger Nelson lorsqu’on leur demande de définir la personnalité du maitre.

Pourtant, Prince restera un artiste controversé, respecté mais souvent mal compris un peu comme un certain Jimi Hendrix. Artiste majeur des années 80 aux côtés de Michael Jackson, Prince est un des créateurs de l’électro-funk.

Multi-instrumentiste et guitariste talentueux, The Artist est également un arrangeur et un producteur de premier plan. C’est ce que j’ai immédiatement constaté en faisant la sélection des titres et extraits de ce Collector.

Grand amateur de funk et de soul, je connais Prince depuis ses débuts et je l’ai toujours apprécié, notamment pour son sens de l’innovation et pour le son fantastique de ses productions. Je pensais donc avoir un peu de souci avec des titres comme Let’s Go Crazy ou Purple Rain mais la finalité a dépassé toutes mes craintes.

38 pistes par titre en moyenne dont 10 pistes de guitare, en bref la plus grosse production mise en oeuvre pour réaliser un Collector !!

Normal : Prince est propriétaire des studios Paisley Park qu’il ne quitte pas tant qu’il n’en a pas fini avec un titre. La réalisation de ce magazine a donc exigé un énorme travail de relevé, de guitare et de productIon.

Le jeu en valait la chandelle car vous allez tout savoir sur les secrets du prince de l’electro-funk. Ainsi, le mystère entourant le premier accord de Purple Rain, les sons étranges de Cream ou la séquence harmonique de Let’s Go Crazy seront levés.

Et le cours de guitare que vous allez prendre sera des plus complets, car les scores et les play backs ont été construits en ce sens. L’année 2003 démarre fort avec ce GC33. D’ailleurs, dites 33, vous allez en avoir besoin...


A PROPOS DU STYLE ET DU SON

Outre le caractère particulièrement original des compositions princières, c’est la production et le son qui apparaissent déterminants à la première écoute. Que cela soit sur Bambi (1979), Purple Rain (1984) ou dans Cream (1991), le son apparait d’emblée très abouti alors que l’arrangement semble évident, genre drums electroniques, basse, un clavier, une guitare...

Et puis on découvre progressivement un shaker subtil, des percus au son inédit, plusieurs claviers avec parfois différents sons pour une même partie et des guitares...deux guitares, trois quatre, sans parler des effets spéciaux. A l’arrivée, un titre compte facilement sept ou huit pistes de guitare voire plus.

Un enfer à gérer, si l’on rajoute les pistes de voix qui sont traitées de façon très particulière, en dialogue permanent avec les autres instruments tout en se répondant entre elles. Au plan instrumental, n’en parlons pas. Le chorus de Purple Rain peut sonner. Derrière la lead, il y un piano, des cordes, deux guitares rythmiques clean, quatre guitares saturées de base, plus une guitare saturée percussive !!


PARCOURS ET INFLUENCES


Des arrangements et une production ultra sophistiqués sont donc les premières caractéristiques du style et du son. Elles correspondent à un parcours et à des influences bien particulières. Prince est né en 1958.

Fils d’un musicien de jazz , style très présent dans sa culture musicale (Miles Davis, John Coltrane), son enfance est naturellement marquée par la musique des sixties.

Le rythm’n blues d’Otis Redding, la soul de Solomon Burke et de Sly Stone, le funk de James Brown, le rock de Jimi Hendrix ou des Beatles font naturellement partie de son décor musical.

La fusion de ces différents styles sera le Minneapolis Sound, prolongement naturel du fameux West Side Sound de Chicago auquel on ajoute un bon zeste de funk, notamment celui de Georges Clinton (Parliament, Funkadelic). Le blues n’est pas complètement absent de l’histoire car Chicago et Kansas City ne sont pas très loin de Minneapolis.

Naturellement, il ne s’agit pas de blues roots mais du blues des grandes formations avec sections de cuivre. Le Minneapolis Sound sera le dernier courant musical affilié à une grande ville. Prince peut être considéré comme le principal initiateur de ce courant qui correspondra bientôt à une véritable pépinière de talents, tous révélés par Roger Nelson.

Ainsi, Morris Day, Jesse Johnson, Jimmy Jam ou Terry Lewis du groupe The Time. Ces deux derniers deviendront à leur tour des producteurs avertis avec Janet Jackson qui connaitra le succès que l’on sait.

Question parcours, celui de Prince est peu courant. Jeune pianiste plutôt doué, Roger Nelson est marqué par une rencontre déterminante en 1968, à l’âge de 10 ans. Accompagné de son beau-père, il se rend en effet au concert que James Brown donne à Minneapolis.

Hissé sur scène, il se permet quelques pas de danse avec le père du funk et de la soul. A compter de ce jour, sa décision est prise : il sera l’un des grands compositeurs du siècle, quelque soit le travail pour y parvenir. C’est ainsi que Prince devient très exigeant envers sa personne, ce qui explique qu’il le soit avec les autres et passe parfois pour un vrai tyran.

A l’âge de 12 ans, il se fait offrir sa première guitare électrique par son père et se lance également dans l’étude de presque tous les instruments. La batterie, la basse, les percussions n’ont bientôt plus de secret pour lui.

Lorsqu’il ne pratique pas un instrument (cordes, cuivres), il sait écrire les arrangements adéquats. Enfin, Prince est un redoutable chanteur qui a parfaitement intégré le feeling et les performances vocales d’un James Brown ou d’un Solomon Burke.

Le fait de pratiquer tous les instruments lui permet d’être complètement autonome. Manque la science du son, mais le problème est vite résolu avec Chris Moon, qui lui apprend les secrets de la technique et lui prête son studio.

Prince n’a donc plus besoin de personne pour parvenir à ses fins et cette situation est déterminante dans sa réussite tout en étant peut-être ensuite son talon d’achille lorsque l’inspiration devient moins performante, à partir de la fin des années 80.

Multi-instrumentiste hors-pair, compositeur, arrangeur ou producteur surdoué, bourreau de travail ultra-perfectionniste, c’est la personnalité de The Artist. Complexe et loin des normes... 

JJ RÉBILLARD

Rédigé le  22 avril 2016 12:40 dans PRINCE  -  Lien permanent
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