Blog JJ Rébillard

POLICE

STORY ET ANALYSE DE STYLE : POLICE (PART 5)


L’ANALYSE DES STANDARDS

L’analyse de trois standards de Police va compléter les précédentes rubriques. Il existe des partitions sur le net que vous retrouverez facilement. Elles sont payantes mais c’est en quelque sorte la rançon pour avoir des relevés exacts. De la même façon, je vous conseille de consulter sur Youtube les nombreuses versions vidéo de ces titres, avec des versions live, qui sont autant d’interprétations différentes riches d’enseignements.



• MESSAGE IN A BOTTLE

Le tube le plus étonnant de Police. Comme je vous l’ai déjà dit, je n’ai absolument rien compris lorsque j’ai écouté ce titre pour la première fois. Comment Andy Summers parvenait-il à obtenir un tel son sur ce riff ? Il y avait bien sûr l’effet, vraisemblablement un flanger subtilement réglé, les positions et les harmonies pour les arpèges mais il y avait encore autre chose. Effectivement, une fois le riff déchiffré et appris (ce qui était déjà un petit exploit), j’essayais avec le disque. J’étais proche mais ce n’était toujours pas exactement le même effet que dans l’original. J’ai découvert la vérité vingt ans plus tard et je vais vous la révéler…

Le riff : pour commencer, prenez un flanger en faible quantité et un son très légèrement saturé (dirty sound). Ecoutez bien l’original et servez-vous de la balance. La guitare 1 est celle que l’on entend en priorité. Une fois les positions apprises, il est possible de jouer ce riff sans trop de problème. Mais l’astuce réside dans la guitare 2 qui vient harmoniser la guitare selon la technique de contrepoint. Le souci est que l’on n’entend pas distinctement cette guitare 2 car elle est sous-mixée.

Panoramiquement, la guitare 1 est positionnée à gauche à 9 heures et la guitare 2 est complètement à droite. Mais on entend  distinctement cette situation uniquement dans l’intro. Dès le démarrage de la batterie, une troisième guitare joue le même riff que celui de la guitare 1 sur des positions très légèrement différentes, du même côté que la guitare 2... Voici le secret du son de "Message in a bottle”. A l’époque je n’avais pas les capacités pour comprendre et j’aurai pu chercher longtemps. Mais vingt ans plus tard, j’ai trouvé, comme quoi la ténacité paye.

Pré-refrains et refrains : après le couplet, on passe au pré-refrain avec une rythmique en croches classique sur laquelle on note une syncope. Dans la deuxième partie du pré-refrain, toujours des croches sans syncope. Sur le premier refrain on attaque les célèbres accords avec du chorus et un son bien clean. A la fin du refrain vous pouvez jouer le petit lead sans oublier l’harmonique sur la première note.

Le deuxième couplet et le deuxième pré-refrain sont semblables aux premiers, à l’exception d’une réponse lead. Dans le deuxième refrain, un contrechant mélodique du meilleur effet se superpose à la voix de Sting. Il est construit sur la pentatonique m de DO#. Ajoutez un delay règlé à 394 ms. A la fin de ce refrain, notez le superbe plan en harmoniques artificielles que vous pouvez jouer selon cette technique ou bien en harmoniques tapées. Pour ce faire, positionnez votre main gauche sur le barré FA# m7 en case 2.

Tapez avec l’index de la main droite les mêmes notes à l’octave supérieure, soit au niveau de la case 14. Et oui, on peut même jouer du tapping dans Police. Le troisième couplet et le troisième pré-refrain sont identiques au précédent. Le dernier refrain est construit à partir du même principe de contrechant mais on utilise à présent la gamme de DO# m. Dans l’ad lieb, retour au riff puis aux leads toujours aussi mélodiques et du meilleur effet.


EVERY BREATH YOU TAKE

Encore de grands écarts main gauche pour ce tube légendaire mais à tendance nettement plus FM que le précédent. L’époque a changé, on est dans la période post-new wave et les synthés commencent à prendre le pas sur le reste. Mais fort heureusement pour nous c’est encore la guitare qui domine avec l’une des parties en palm muting les plus célèbres de l’histoire du rock.

Riffs et rythmiques : prenez un son clean, ajoutez un peu de chorus et un delay réglé à 259 ms. Dans le morceau précédent, les écarts main gauche étaient déjà conséquents mais ici ils sont vraiment redoutables. Décidément, Andy Summers est un véritable tortionnaire pour votre main gauche. Commencez en apprenant à jouer le motif de chaque accord, et travaillez ensuite la qualité des enchainements. Une fois le motif principal appris, il n’y a plus de problème et la seule nouvelle partie à apprendre correspond au pont, sur lequel vous prendrez un son d’overdrive.

L’intensité des attaques : le dernier point à signaler, qui n’est pas un détail, correspond à la régularité des attaques de la main droite. N’attaquez pas trop fort pour éviter de gaspiller votre énergie, mais attaquez toujours avec la même intensité en respectant la légère accentuation sur les premières, troisièmes et cinquièmes croches de chaque mesure. C’est le secret pour approcher l’original et groover comme une machine infernale. A vous de jouer...


DON’T STAND SO CLOSE TO ME

Ce titre semble être le plus simple des trois. Il n’en est rien car vous allez vous frotter à la redoutable précision des cot cot signées Summers. Prenez un son clean avec un léger crunch. Ajoutez un peu de flanger et un delay à 212 ms.

Ryhmiques et cot cot : On commence avec une petite phrase lead en free time, puis on enchaîne sur une rythmique reggae pour laquelle votre volume guitare sera réglé à mi-course. Dans les couplets, vous exécuterez la partie des guitares 1 et 2. Il s’agit de la fameuse cot cot qui exige une précision implacable. Suivant les couplets, une deuxième guitare vient ré-harmoniser le motif. Par ailleurs, la guitare 3 joue un contrechant en doubles stops qui suit la voix de Sting.

Alchimie des guitares : dans les refrains, l’alchimie des trois guitares est extrêmement intéressante et caractéristique du style Summers. Sur le play-back, vous jouerez la guitare 3. Vous devez simplement être très précis au plan rythmique. Dans ce titre, les écarts diaboliques avec la main gauche ont disparu mais ont été remplacés par une mise en place qui sera un exercice de style sur la question.

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Rédigé le  29 août 2014 17:48 dans POLICE  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : POLICE (PART 4)


TECHNIQUE ET MATOS 
Toujours côté technique, le palm muting est une véritable forme d’art et une marque de fabrique du style Summers. Le morceau de bravoure est certainement Every breath you take où l’on trouve une des rythmiques les plus célèbres utilisant la technique du muting. Notez que l’attaque main droite d’Andy est d’une régularité sans faille et que cette particularité représente un certain challenge. Enfin, les cot cot sont légions, celles de Don’t stand so close to me ou de Synchronicity 2 étant de superbes exemples.

POLICE

Pour les solos, les titres de Police ne laissent pas une grande place au guitariste lead. Lorsqu’Andy Summers en joue, ce sont le plus souvent des contrechants mélodiques à l’instar de ceux qui ponctuent les refrains ou l’ad lieb de Message in a bottle. On note que Andy connait et utilise tous les clichés caractéristiques (slides, hammers, pull-off, bends, double stops, vibrato main gauche). Il est également très fort pour les harmoniques, naturelles ou artificielles, sifflantes ou tapées (Message in a bottle). Dans tous les cas de figure, et au vu de son passé musical, Andy connait toutes les gammes et notamment les modes.

LE SON ANDY SUMMERS
Côté son, Andy est un grand amateur d’effets. Ses sons sont plutôt clean en général, avec une touche de crunch ou d’overdrive et deviennent plus variés avec davantage de saturation au fur et à mesure de la sophistication de la production. L’effet-roi est le chorus. On trouve également des phasing et autres flanger. Mais le delay est aussi un sport favori pour Andy. Delay long, court, mono, stereo, en cascade, tous les coups sont permis. Naturellement le delay n’est pas gratuit. Il participe à la texture du son, à la rythmique et à l’atmosphère générale. Enfin, Summers utilise aussi un compresseur pour le sustain. 

On notera que ses parties sont très souvent doublées. Cela lui permet d’obtenir un son puissant avec beaucoup de corps. Mais il s’en sert aussi parfois comme d’un véritable harmonizer en pitchant l’une des deux parties, n’hésitant pas à les pitcher toutes les deux. En résumé, Andy Summers est un grand créateur au plan sonore. Il a réinventé le son de la guitare électrique aux côtés de Robert Fripp (King Crimson) ou Adrian Belew (Talking Heads). On peut dire qu’il a continué dans ce domaine l’oeuvre de Jimi Hendrix, Jeff Beck ou des Beatles. Dernier point, et non des moindres, le groupe est un trio. 

Au premier abord, on n’entend qu’une seule guitare dans Police et on a une fausse impression de simplicité. Mais il faut se méfier de l’eau qui dort car il y a souvent quatre ou cinq pistes de guitares bien cachées !! Pour conclure, Police est un bel exemple d’humilité au service du groupe. Chaque musicien a su oublier ses propres prérogatives pour se concentrer sur l’efficacité globale. Ainsi, le bassiste de jazz Sting a rangé ses walkings pour jouer de simples rythmiques en croches. Le guitariste émérite Andy Summers s’est passé de solos pendant cinq ans. Et que dire du batteur qui a dû ronger son frein en pensant à tous les breaks interminables qu’il aurait pu placer. Une belle leçon à méditer.

LE MATOS D’ANDY SUMMERS

• GUITARES

Andy utilise beaucoup de guitares mais le son Police est surtout le fruit de deux instruments. On citera d’abord la mythique Fender Telecaster rouge de 1963, ainsi qu’une seconde Telecaster des sixties. Son deuxième instrument favori est une Fender Stratocaster de 1955. Il possède encore une autre Strat de 61, une Les Paul Custom 59, une Les Paul Junior de 1956 ou une Gibson ES 335. Enfin, il utilise aussi un modèle conçu pour lui par Hamer qui est une combinaison de Gibson Explorer et de Les Paul.

• AMPLIS

Sur ce plan, on trouve relativement peu d’infos. Sachez qu’Andy utilise différents types d’amplis. Des Marshall, bien entendu mais aussi des Fender Twin Reverb ou encore un Roland JC 120. Il joue en stéréo, ce qui lui permet de profiter à fond des chorus et autres delay.

POLICE
• EFFETS

Le chorus permet d’identifier immédiatement le son Summers. On peut dire qu’il a beaucoup contribué à la popularisation de cet effet en en faisant l’effet number one d’une bonne partie des années 80. Il affectionne tout particulièrement les chorus TC Electronics, modèles du genre. On trouve encore du flanger dans les sons d’Andy et plus rarement du phasing. L’autre effet majeur est le delay qui est de tous les types, comme nous l’avons vu précédemment, la stéréo étant omniprésente. On signalera encore que les distos sont plutôt obtenues à l’ampli. Enfin, pour la réverbe, Summers est un grand amateur de PCM Lexicon.

• POUR AVOIR LE SON ANDY SUMMERS

La guitare : utilisez se préférence une Fender Telecaster, bien qu’une Fender Stratocaster permette d’être très proche du son original, à condition de respecter certains réglages d’amplis. 

L’ampli : l’effet chorus étant obtenu avec une pédale ou un multi effet, on évitera le Roland JC120 et on utilisera un Marshall avec deux canaux. Mettez du gain sur le canal clean et une EQ un peu agressive qui vous permettra de vous rapprocher de son Telecaster si vous utilisez une Strato. Pour le canal saturé, overdrive de rigueur. 

Les effets : prenez des pédales pour obtenir le chorus ou le flanger qui sont présents sur la plupart des parties. Pour les delay, au vu de certains réglages subtils, je vous conseille un multi effet. 

         JJ REBILLARD


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Rédigé le  7 août 2014 15:50 dans POLICE  -  Lien permanent
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STORY & ANALYSE DE STYLE : POLICE (PART 3)



The Police
LE SON POLICE 
Au niveau du son, la simplicité de la production n’est qu’apparente et je peux vous en parler puisque j’ai travaillé 30 heures sur la réalisation de Message in a bottle pour Guitar Collector’s. Au départ on entend souvent une seule guitare, alors qu’il y a en réalité une dizaine de sons sur des pistes différentes en tenant compte des doublages (Synchonicity 2). Dans les deux premiers albums, la production est volontairement sobre. La batterie n’est pas noyée dans la réverbe sauf dans les passages dub empruntés au reggae. Les sons de caisses claires sont pourtant très travaillés et bien différents d’un morceau à l’autre, les sons de grosses caisses étant graves et présents (encore une référence au reggae).
 
La basse est plutôt carrée et réduite à une expression assez simple des fondamentales, ce qui fait preuve d’une belle discrétion pour un bassiste de jazz habitué aux walkings. L’osmose basse-batterie est parfaite, Stewart Copeland manifestant une grande ingéniosité, sachant mélanger les accents les plus divers en conservant une régularité d’horloge. La rythmique sera d’ailleurs une seconde base de succès pour le groupe après la mélodie. Les guitares sont déjà plus sophistiquées, passant d’un « dirty sound » trompeur (couplets de Message in a bottle) à un son hyper produit avec chorus et delay (Walking on the moon). Enfin la voix est plutôt travaillée, parfaitement bien placée en termes de niveau comme en termes de profondeur, les reverbes étant souvent amples mais discrètes.
 


LE STYLE ANDY SUMMERS
POLICE
Dans les trois derniers albums, la production est de plus en plus complexe et deviendra le modèle du genre pour une bonne partie des années 80. "Every breath you take” ou "Synchonicity 2” sont de bons exemples et les parties de guitare de Andy Summers sont intéressantes à plus d’un titre. Bien sûr, il faut aimer jouer avec des effets comme le flanger, le chorus ou le delay car notre policeman favori en use largement. Et il faut aimer la guitare rythmique  puisque c’est principalement dans cette catégorie que Andy officie, tout au moins dans le cadre de Police. Mais vous ferez peut-être comme moi et découvrirez que la rythmique est finalement un art subtil.
 
Sur le plan de ses influences, Andy n’est pas très bavard. En fait il est contemporain de Jimi Hendrix puisqu’il est né le 31 Décembre 1942. Il a ainsi subi des influences diverses mais qui restent celles d’un jeune guitariste des années 50 et 60, à savoir le blues, le jazz, le rock’n roll puis, plus tard, la soul, le funk, la world music ou le reggae. Au départ, adolescent, Andy a toujours voulu devenir un guitariste de jazz ou de fusion, plutôt qu’un sideman derrière un chanteur. Mais il est clair qu’il a pratiqué à peu près tous les styles au cours d’une carrière précoce et riche.
 
Elle commence lorsqu’il a 17 ans. Rapidement, il rencontre des musiciens tels que le grand Robert Fripp, Georges Bruno alias Zoot Money ou encore Kevin Ayers. Il joue avec de nombreuses formations au sein desquelles il acquiert un sens de l’adaptation, une discipline et une polyvalence assez exceptionnelles. Il participe au projet d’un compositeur allemand, Eberhard Schöener, qui mixe le rock à la musique classique. On le retrouve encore aux côtés de Mike Oldfield pour la tournée "Tubular Bells” ou au sein du groupe de Kevin Coyne. En bref, un parcours plutôt exceptionnel qui lui confère la plus grande maturité lorsqu’il intègre Police.
 
UN SPÉCIALISTE DE LA RYTHMIQUE
 Sur le plan purement technique, Andy Summers est donc un spécialiste de la rythmique. Les formules en tenues sont fréquentes. On en trouve de bons exemples dans l’intro de Walking on the moon ou le refrain de Message in a bottle. Les rythmiques rock en croches avec accentuations diverses reviennent également régulièrement. On citera le pré-refrain de Message in a bottle ou le refrain de Roxanne. Les formules reggae à contretemps font bien sûr partie du décor (Walking on the moon). Elles sont parfois mixées à des éléments plus proches du funk (The bed’s too big). Elles peuvent même être carrément funky (When The World is running down).
 
Les harmonies sont issues de différents styles de musique et on retrouve les powerchords du rock, les accords sur les 3 ou 4 cordes aigues, fréquents en reggae, en funk ou en jazz. Enfin on trouve aussi des clichés plus simples caractéristiques de la pop. On signalera qu’Andy excelle dans l’art de manier les renversements d’accords et de les mélanger à des positions fondamentales pour obtenir un jeu à la fois mélodique et harmonique. Le guitariste de Police est également célèbre pour ses riffs comme ceux de De Do Do, Message in a bottle, Synchronicity 2. Ils peuvent être mélodiques ou construits à partir de positions d’accords. On remarquera encore un vrai travail de construction harmonique avec la basse que l’on trouve habituellement en funk ou en reggae (Roxanne). A suivre…
 
 
 
JJ RÉBILLARD
 
Rédigé le  11 mars 2014 12:34 dans POLICE  -  Lien permanent
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STORY & ANALYSE DE STYLE : POLICE (PART 2)



JJ RébillardPOLICE STORY


Fin 1976, Stewart Copeland, batteur américain, cherche à lâcher son groupe, Curved Air, pour monter une nouvelle formule exploitant entre autres l’énergie punk du moment. Car il faut rappeler que Stewart est alors en Angleterre, très exactement à Newcastle et qu’il assite à un concert du groupe Last Exit. En voyant jouer ces musiciens, il rigole doucement car il les trouve très éloignés du contexte actuel avec leur physique de ‘bons papas”. Pourtant le bassiste attire son attention. Il assure vraiment, il est jeune, beau et dégage une énergie peu commune. A la fin du concert, Stewart rencontre l’intéressé qui répond au surnom de Sting (le dard).
 
Il lui parle de son projet qui vise à jouer une musique plutôt pop, de qualité et basée sur l’énergie punk. A l’époque, Sting est un musicien de jazz. Pour lui, la pop n’est pas une musique naïve et énergique, mais au contraire une musique simpliste et prétentieuse. Il n’a donc pas vraiment envie de se fourvoyer dans l’aventure de Copeland. Mais ce dernier a l’art de la persuasion et nos deux amis rentrent donc à Londres ensemble. Sting voit là une bonne occasion de quitter Newcastle. Stewart présente à Sting le guitariste corse Henri Padovani et le trio de choc est né. Bientôt baptisé Police par Stewart Copeland, ils fréquentent l’univers punk qui séduit d’abord Sting, mais le lasse rapidement au bout du compte.
 
ANDY SUMMERS
 A l’automne 77, une rencontre essentielle va remotiver notre bassiste. Andy Summers assiste à un concert de Police et décide de les rejoindre. L’alchimie est immédiate et parfaite. La rythmique Sting-Copeland fonctionne comme une machine avec des plans d’une originalité exceptionnelle et Andy s’y imbrique à merveille, sculptant la musique du groupe à grands coups d’accords sur sa Télécaster. Seule ombre au tableau, Padovani qui distille ses trois accords comme il le peut. Le mouvement punk a déjà évolué, et la technique réapparaît. Padovani quitte donc le groupe. A cette époque, Sting prend les choses en main et devient le compositeur de Police.
 
Cette situation posera quelques problèmes à Stewart le fondateur et sera à l’origine de tensions futures. Mais Sting maitrise deux éléments essentiels : la basse et la voix. C’est l’une des raisons pour lesquelles les compositions sont particulièrement mélodiques et connaitront le succès que l’on sait. A ce titre, l’analogie avec les Beatles et Paul Mc Cartney est assez évidente. Sting impose donc ses compositions au détriment de celles d’Andy et Stewart qu’il trouve un peu simplistes. Ces deux derniers acceptent car ils croient en Sting, à son talent et sont convaincus que le succès est à la clé.
 
Sage précaution...Il ne manque donc plus que le manager qui sera vite trouvé puisque Miles, frère de Stewart, est justement manager. On sait que l’ascension du groupe sera fulgurante. Et cinq albums se succèdent jusqu’en 1983, du très rock Outlandos d’amour au sophistiqué Synchronicity en passant par Ghost in the machine enregistré à l’Air Studio de George Martin. En cinq ans, Police aura fait considérablement avancer le rock, mais la fin précoce du groupe laissera le public sur sa faim. En fait les tensions entre les trois membres étaient devenues trop importantes du fait de la domination de Sting sur les compositions.
 
UNE ALCHIMIE REDOUTABLE ET MULTIPLE
 La lecture de cette mini-story explique bien des choses et la rencontre entre trois musiciens assez différents aura été fructueuse au bout du compte. Prenez un batteur qui aurait assimilé à peu près toutes les formes de rythme, du jazz au reggae en passant par le rock, le funk ou les grooves africains. Ajoutez un bassiste de jazz à l’énergie rock, doublé d’un chanteur au timbre unique maniant à la perfection les subtilités de la pop. Complétez le duo avec un guitariste éclectique et expérimenté, pour cimenter la rythmique et donner les indispensables couleurs harmoniques où l’on retrouvera tous les styles précédemment mentionnés. Vous obtenez Police. Comme nous l’avons déjà vu, le groupe analyse et développe à son compte les données de plusieurs styles en les mixant ensuite.
 
C’est ainsi que l’on obtient une alchimie différente pour chaque composition. Au départ, les données sont simples : la musique doit être énergique comme le punk rock. Les mélodies doivent être facilement mémorisables et sont donc proches de la pop music. Toutefois, les goûts personnels de Sting incluent souvent des éléments soul et jazzy. C’est au plan rythmique et harmonique que le groupe applique sa technique d’analyse et de développement des données en puisant dans différents styles. Ainsi et selon les propres termes de Sting, on mélange 16 mesures de reggae avec 16 mesures de rock comme dans "Roxanne”. De la même façon, on mixe des harmonies au demeurant assez jazz à un son et à une rythmique rock (Message in a bottle). On introduit le jazz avec un saxo (Spirit in a material world). Au final, on obtient des pop songs à supports multiples (rock, reggae, soul, funk, jazz).
 
 
JJ RÉBILLARD


Rédigé le  27 fév. 2014 17:31 dans POLICE  -  Lien permanent
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STORY & ANALYSE DE STYLE : POLICE (PART 1)



Guitar Collector's N°29-POLICE



POLICE, LE PREMIER GROUPE DE FUSION ?

Fin 75, le rock semble bel et bien mort. Il a perdu son identité et son énergie initiales, flirte fréquemment avec le jazz ou la musique classique et les doux effluves du psychédélisme sont bien loin. Les New York Dolls, précurseurs et charnière essentielle entre deux époques vont donc l’enterrer sans vergogne…et le faire renaitre de ses cendres. Car il est simplement à la fin de sa première vie et une seconde jeunesse va s’offrir à lui. Dès l’été 76, les punks proclament la déchéance du vieux rock et l’émergence d’un nouveau courant, le punk rock, qui va tout balayer sur son passage.
 
Pour un garçon comme votre serviteur, la pilule est un peu dure à avaler. Toutes ces années passées à apprendre les plans de Hendrix, Led Zep, Yes, Jeff Beck, John Mc Laughlin et bien d’autres pour constater qu’il est plus facile d’être une star en sachant à peine jouer trois accords...... Vous avouerez qu’il y a de quoi être amer tout de même !! Pourtant, j’avais juste 20 ans en 76 (comme ça vous connaissez mon grand âge actuel), donc le meilleur âge pour être un punk. Il me fallut néanmoins quelques mois pour admettre qu’une page avait été tournée. En fait la punkitude était surtout une attitude, une bonne façon de remettre en question les vieux acquis et autres reflexes conservateurs.

GÉNÉRATION PUNK

Bien des groupes où la guitare serait loin d’être réduite à trois accords allaient profiter du véhicule et de l’énergie punk pour s’affirmer comme les nouvelles stars du rock. Ainsi Police ou encore Van Halen qui était carrément étiqueté punk à ses débuts...

Donc je commençais à tendre l’oreilleet fus assez rapidement séduit par plusieurs groupes : d’abord les Sex Pistols (et oui finalement) puis les Stranglers, Génération X pour finir avec les Talking Heads, Clash et Police. En écoutant ces groupes, on percevait bien sûr l’énergie digne de celle des pionniers du rock’n roll.

Mais en plus un certain nombre de guitaristes était loin d’être manchot et proposait un nouveau style de jeu fusionnant parfois plusieurs styles comme le rock, le reggae, le jazz ou le metal. Mieux ! Les sons étaient souvent inédits avec des guitaristes comme Adrian Belew des Talking Heads. En réalité, ces guitaristes étaient en train de réinventer la guitare électrique et d’imposer une nouvelle façon de concevoir la guitare. Finis les déluges de notes inutiles, un seul accord, mais quel son ! Le rock se transformait et devenait fusion pour donner naissance à une multitude de nouveaux styles. C’est dans ce contexte que naquit le groupe Police, charnière essentielle entre les années 70 et les années 80.

MESSAGE IN A BOTTLE

J’entendis pour la première fois le groupe en 79 avec leur premier opus,Outlandos d’amour. Plutôt étonné, je n’eus pas à attendre longtemps pour la suite qui coïncida avec le changement de décennie. Lorsque j’écoutais Message in a bottle, j’avoue que je ne compris rien du tout. Impossible de percer le mystère du riff et surtout du son. Avec "Walking on the moon”, j’appris qu’un accord unique pouvait remplacer n’importe quel solo. Pour vous donner une idée, je disposais à l’époque dans mon set d’une panoplie de pédales en tous genres qui avaient tendance à altérer la qualité du signal de ma guitare. Voici une petite liste qui va vous amuser.

En série, les pédales suivantes étaient connectées à la suite de ma guitare. D’abord deux pédales wah-wah, dont une avec fuzz, un équalizer, un premier comresseur, un phasing, deux distorsions Big Muff, ces quatres dernières pédales étant toutes signées Electro Harmonix (si je les avais gardées, je serais riche à présent). Vous ajouterez à tout cela une disto MXR, un deuxième compresseur plus un flanger Electric Mistress et une ultime chambre d’écho. A l’écoute de Police, je me rendis compte que j’avais bel et bien tué mon son. Je décidai de faire le ménage et de conserver seulement la disto MXR, l’Electric Mistress ainsi que la chambre d’écho.

Je troquai mon ampli transistor Acoustic pour un Music Man à lampes... et je réappris à jouer de la guitare. J’appris même carrément à jouer de vraies rythmiques guitare, une réalité jusqu’ici à peu près inconnue pour moi. Vous pouvez donc constater à quel point Police fut un groupe important. En termes de style, Police est le premier groupe de fusion au sens large. Il ne s’agit pas d’un groupe punk, reggae ou rock aux réminiscences jazzy, mais d’un groupe qui mêle tous ces genres en un cocktail unique.

En 1980, Andy Summers définit lui-même la musique de Police que la presse assimile souvent à tort à une nouvelle forme de reggae. «Nous ne sommes pas un groupe de reggae, nous n’en jouons même pas. Nous explorons seulement les bases rythmiques du reggae. C’est une approche abstraite de musiciens qui ne se réfèrent qu’à des notions de rythme, de langage musical. Notre point de vue consiste à analyser, puis à développer pour notre compte personnel les nouvelles données que le reggae nous a apportées, en les mêlant notamment à d’autres éléments.» C’est cette démarche que Police a appliquée à presque tous les styles.

JJ RÉBILLARD


Rédigé le  11 fév. 2014 14:11 dans POLICE  -  Lien permanent
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