Blog JJ Rébillard

MARK KNOPFLER

STORY ET ANALYSE DE STYLE : MARK KNOPFLER (PART 6)


ANALYSE DES TITRES EN VERSION INTEGRALE


• SULTANS OF SWING

Un swing bien particulier : c’est le titre qui révèle Dire Straits à un monde musical en pleine révolution suite à l’explosion punk et Sultans Of Swing comme Dire Straits correspondent sur ce plan à une réaction du grand public face à la montée de la punkitude et des courants qu’elle engendre.

Ce morceau est caractéristique du funk rock version soft de Dire Straits et il est effectivement marqué par un swing bien particulier plutôt difficile à reproduire. Tous les secrets de l’alchimie des frères Knopfler sont dans Sultans Of Swing qui est une véritable perle rare en matière de guitare.

Prenez un son clean limite du crunch et mettez une bonne quantité de réverbe.

L’intro : on commence avec l’intro (doubles stops ponctués de dead notes sur la position de Rém) et on enchaine sur une ligne mélodique créée à partir de la position V de la gamme de Ré pentatonique m.

On continue avec un arpège de Rém et on finit sur une gamme hexatonique de Rém (pentatonique m + 2deM), l’une des gammes fétiches du sultan. Au niveau de la guitare rythmique, on note que la mesure 1 est la cellule de base pour tout le morceau, que l’on répètera en respectant les harmonies avec des variantes.

Couplets 1 & 2 : dans le couplet 1, Mark Knopfler travaille selon le système question-réponse typique du phrasé blues, la question étant posée par la voix et la réponse effectuée par la guitare.

Toutes les réponses sont calquées sur les accords joués par la guitare 2 et on notera que la séquence harmonique du morceau est construite sur la gamme de Rém harmonique, que l’on reconnait notamment au LaM.

Sur la première réponse qui coïncide avec celui-ci, Mark Knopfler utilise La pentatonique M et conclut sur Ré pentatonique m. La deuxième réponse, toujours sur le même accord est basée sur un arpège partiel de LaM auquel on rajoute la 6te m de la gamme mineure.

Dans la réponse suivante, on note l’utilisation des renversements d’accords qui sont toutefois différents de ceux de la guitare 2. Enfin, la quatrième réponse est construite à partir de Ré pentatonique m et Mark conclut avec quelques renversements, suivis d’une ligne mélodique en Do pentatonique M, sur l’accord de DoM (encore une technique favorite du sultan).

Dans le couplet 2, Mark Knopfler développe les techniques utilisées au premier couplet et on note le très bel arpège de La7sus4 sur la deuxième réponse.

Le refrain : le refrain est la partie maitresse du morceau et son riff célèbre est construit sur des renversements d’accords. Ces derniers facilitent l’écriture de motifs rythmico-mélodiques qui se superposent aux harmonies de base.

La basse réharmonise ces motifs avec les fondamentales et renverse aussi certains accords. C’est la base du son Dire Straits et on rappellera que l’ensemble harmonique ainsi créé est conforme aux règles les plus strictes de la musique classique.

Couplets 3 & 4 : dans les troisième et quatrième couplets, Mark Knopfler applique les mêmes principes que dans les couplets précédents. On remarquera deux plans typiques.

Tout d’abord, la deuxième réponse du couplet 3 avec ses hold bends très hawaiens et ensuite le double stop avec bend sur la première réponse du couplet 4. Notez encore la présence d’un dernier contrechant mélodique qui réharmonise les choeurs juste avant le refrain 2.

Solo 1 : après un cinquième couplet et un nouveau refrain pour lesquels il n’y a rien de nouveau à signaler, Mark attaque le premier solo. Celui-ci commence sur la gamme mineure harmonique et on note la présence de la sensible dans les mesures 3 et 4, les harmoniques naturelles et les nombreuses nuances d’interprétation.

Le sultan passe ensuite sur Fa pentatonique M et y ajoute progressivement la septième M puis la quarte J. Enfin, il conclut en calquant son jeu sur les harmonies de la guitare 2 avec Ré pentatonique m, suivie des arpèges de SibM et DoM, la dernière phrase étant construite sur Do pentatonique M.

Sur le plan rythmique, on constate la présence de nombreux triolets de noires qui rendent le phrasé encore plus aérien. Enfin, Mark se déplace assez peu sur son manche durant ce premier solo très mélodique où il mixe superbement les effets de jeu purement guitaristiques avec un sens du phrasé hors du commun.


Solo 2 : après un nouveau refrain, un couplet et un refrain, on attaque la dernière ligne droite ou plutôt la dernière côte car elle est bien raide à monter...

Le sultan commence son ultime solo sur Ré pentatonique m, puis nous gratifie d’une succession de hammers et de pull off sur une seule corde à un train d’enfer.

Mais ce n’est pas tout, car on continue avec deux phrases très rapides qu’il faut d’abord travailler à basse vitesse.

La première est construite sur Ré pentatonique m et la deuxième peut être considérée comme un arpège de DoM6.

On reprend alors Ré pentatonique m pour une succession rapide de doubles croches et on passe à un phrasé plus lent sur la gamme de Rém, avant de finir sur la suite d’arpèges qui a rendu célèbre Mark Knopfler.

C’est difficile, mais c’est un excellent exercice de style et vous noterez que la guitare rythmique porte littéralement la guitare lead, ce qui facilite les choses. 

JJ RÉBILLARD

Consultez le sommaire et des extraits de la méthode Apprenez à jouer comme Mark Knopfler ici : apprenez-a-jouer-comme-brmark-knopfler-c2x9240594
Rédigé le  4 mai 2016 15:17 dans MARK KNOPFLER  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : MARK KNOPFLER (PART 5)


MATOS DE CHOC

• GUITARES

Sur ce plan, la panoplie est impressionnante et comme tout un chacun le sait, Mark Knopfler est un adepte des guitares rouges.

Sa guitare la plus connue est certainement la Schecter Strat rouge de la fin des années 70, bien que la fabuleuse Pensa-Suhr qu’il utilise depuis la seconde partie des eighties soit certainement l’amour de sa vie.

En dehors de ces deux joyaux, Mark Knopfler possède plusieurs Schecter, une Fender Telecaster rouge, une autre Fender Telecaster noire ainsi qu’une Schecter Strat sunburst.

Il utilise également des Fender Stratocaster, dont une rouge de 1960 et la "Jurassic Strat” de 1954 (un des tous premiers modèles).

Mais ce n’est pas tout : notre homme possède aussi deux Gibson Les Paul de 1984 et 1986.

La première a été recablée et un système de mise hors phase permet d’obtenir un grain très particulier que l’on entend notamment dans le fameux Money For Nothing.

Mark Knopfler se sert également d’une Gibson ES175 et surtout de la Super 400, modèle CES 1953 avec les micros Alnico d’origine !!

On complètera cette collection avec une Gretsch Super Chet Model 7690, sans oublier les Pensa-Suhr, la Black et la Flame Maple.

Au chapitre acoustique, Mark utilise une Ramirez Spanish, une Gibson Chet Atkins et une N.S Philips.

Enfin, tout le monde connait sa National Steel O, de 1939 dont il ne se séparerait pas pour tout l’or du monde.


• AMPLIS


Suivant les époques, Mark Knopfler a certainement utilisé tous les amplis de la création, du vieux Selmer des Cafes Racers aux Soldano les plus sophistiqués, en passant par des Marshall ou des Fender. Depuis quelques années, ses marques préférées sont cependant Mesa Boogie,

Jim Kelly, Gallien-Kruger et plus récemment Crate. Signalons l’amour tout particulier qu’il voue aux Soldano et donnons pour finir un exemple de l’une de ses configurations favorites.

Un émetteur sans fil Sony envoie le signal de la guitare de Mark dans une paire de têtes Sodano 100W mais celles-ci ont été modifiées, le sultan changeant de réglage à chaque chanson, assisté en cela par son technicien, Ron Eve.

Enfin, les têtes Soldano amplifient à leur tour deux baffles Marshall 4x12, montés avec des hauts parleurs Electro Voice. 

• EFFETS

Mark Knopfler utilise un rack d’effets qui comprend un delay TC Electronics 2290, une Quadraverb Alesis, un super chorus Boss CE3000 et un Zoom 9010. Suivant les époques, il emploie une pédale de volume Ernie Ball ou une Morley et une wah wah Cry Baby. Enfin, toutes les saturations sont obtenues avec des préamplis.


POUR AVOIR LE SON MARK KNOPFLER


La guitare : l'idéal reste la Fender Stratocaster, bien que suivant les époques et les titres, d'autres guitares puissent être employées en complément.

Dans ce cas, une Fender Telecatser et une Gibon Les Paul seront les bienvenues. L'avantage avec la Strato, est que l'on a immédiatement le son des premières années du groupe car c'est lui qui est entré dans la mémoire collective.

Pour la guitare acoustique, je préconise une Gibson, le modèle Chet Atkins étant particulièrement recommandé, et on n'oubliera pas la National Steel O ou l'une des rééditions.  

L'ampli : pour les mêmes raisons que précédemment la couleur n°2 du son Knopfler reste le Fender Twin Reverb, même si des Marshall ou des Mesa boogie peuvent convenir pour certains morceaux.

Les effets : pour être polyvalent, je conseille un multi effet classique permettant d'obtenir tous les types de saturation et les effets courants type delay, chorus et autres réverbes. N'oubliez pas la wah wah qui peut vous être utile...


JJ REBILLARD  
Rédigé le  18 avril 2016 18:14 dans MARK KNOPFLER  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : MARK KNOPFLER (PART.4)


LA GUITARE SELON MARK KNOPFLER


La main droite de Mark Knopfler est vraiment unique. Les nuances d’attaque et le déplacement permanent de sa main droite en sont les principales caractéristiques, en dehors de la spécificité de son finger-picking, comme nous l’avons vu précédemment.

A titre indicatif, certaines réponses au chant de Sultans Of Swing sont identiques sur le plan de la main gauche mais sonnent complètement différemment, à cause du déplacement de la main droite. Plusieurs types de sons peuvent être ainsi disponibles sans changer de position de micro.

La main gauche est pour sa part inversée avec un vibrato très puissant et pratiquement inimitable. Ses doubles bends et ses hold bends sont également redoutables.

Mark Knopfler a encore créé un jeu unique basé sur l’enchainement d’accords en position fondamentale et en renversements, respectant les lois de l’harmonie classique sur les mouvements des voix.

Des lignes mélodiques ponctuent régulièrement les schémas harmoniques. Le sultan utilise largement les phrasés sur les gammes pentatoniques majeure et mineure et surtout des arpèges qui lui donnent ce son bien particulier, immédiatement reconnaissable.

Il emploie également les gammes majeures ou les trois modes mineurs, le mineur harmonique et le mineur mélodique ascendant étant bien présents dans les compositions et les lignes mélodiques.

Ses formules rythmiques sont souvent construites à partir de mélanges croches-doubles croches, sur des tempos rapides, avec emploi massif des syncopes et des contretemps. Il utilise les dead notes et les techniques de raking dont il raffole véritablement, tout comme l’un de ses maitres à penser, Django Reinhardt.

LES RYTHMIQUES

Commençons avec les rythmiques. Les formules les plus simples correspondent aux schémas basiques du rock et comprennent les rythmiques en croches avec différents types d’accentuation ou des plans associant les noires, les blanches et les croches.

On trouve ensuite des rythmiques rock basées sur l’alternance de riffs et de parties en accords. Les plans les plus fréquents sont les formules funk-rock avec emploi des dead notes, des appels, des syncopes et des contretemps.

Les schémas construits à partir des renversements d’accords avec adjonction de lignes mélodiques complémentaires sont encore une marque de fabrique bien connue du sultan.

On trouve également des ballades acoustiques en arpèges comportant parfois des open tunings. Les schémas les plus complexes sont proches du funk.

Dans certains cas, on trouve des mélanges de mesures assez sophistiqués. Enfin, on terminera cette liste avec les rythmiques composées à partir des formules plus traditionnelles du country blues.

LES LEADS


Pour les leads, Mark Knopfler utilise en règle générale toutes les gammes du blues, les gammes mineures et majeures, les modes dorien et mixolydien, les arpèges et, dans une moindre mesure, certaines gammes plus complexes comme la gamme diminuée.

On distingue néammoins huit grandes tendances mais on signalera qu’il mélange souvent tout ou partie des formules suivantes au sein d’un même lead. En premier lieu, on trouve les chorus construits sur les gammes hexatoniques mineures.

Il s’agit en fait des gammes pentatoniques mineures auxquelles Mark Knopfler ajoute la seconde majeure ou la sixte mineure de la gamme mineure aéolienne. La même opération peut être effectuée avec la seconde majeure ou la sixte majeure du mode mineur dorien.

Cette technique est fréquente en rock mais elle est systématique chez Mark Knopfler. La deuxième formule correspond aux chorus basés sur la même technique mais on part cette fois de la gamme pentatonique majeure à laquelle on ajoute la quarte juste ou la septième majeure de la gamme majeure ionienne.


On notera toutefois que le sultan opte parfois pour la septième mineure de la gamme mixolydienne. La technique d’improvisation qui consiste à utiliser sur un accord la pentatonique partant de sa fondamentale en respectant son caractère majeur ou mineur est également très fréquente et on peut dire que Mark est un spécialiste du genre.

Il emploie aussi les gammes blues à tous les stades. La gamme majeure et les trois modes mineurs sont également bien représentés, tout comme les arpèges qui sont une véritable signature.

Enfin, il compose parfois ses leads à partir de gammes plus complexes comme la gamme diminuée et même certains modes issus de la gamme de Bartok (ses origines hongroises y sont peut-être pour quelque chose).

EFFETS DE JEU


Au niveau des effets le sultan utilise tous les clichés du genre (hammer-on, pull-off, glissés, taps main gauche, appogiatures, doubles stops, trilles) et on notera deux particularités au niveau des bends : les hold bends en tous genres et les bends sur doubles stops avec vibrato simultané.

Signalons encore que Mark utilise tous les types d’harmoniques et que le raking est un effet de jeu très fréquent, souvent pratiqué sur les arpèges. On terminera cette liste avec le bottleneck et la wah wah en position bloquée qui lui permet d’obtenir un son chaud boosté dans les médiums.

En résumé, un guitariste complet et original, une technique inédite, en bref, la comète de la guitare clean. La presse rock ne se trompait pas quand elle se déchainait à son propos en 1977, en le comparant à des artistes prestigieux comme JJ Cale, Ry Cooder, Eric Clapton ou Bob Dylan.

Mais elle n’avait pas encore compris que Mark Knopfler était unique et qu’on ne pouvait le comparer qu’à lui même...

JJ RÉBILLARD

Rédigé le  12 avril 2016 13:10 dans MARK KNOPFLER  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : MARK KNOPFLER (PART 3)


FINGER-PICKING ET FLAT-PICKING

Le picking, c’est le son de la main droite, deuxième qualité obligée de tout guitariste avec le toucher de la main gauche. Avant d’étudier le picking selon Mark Knopfler, rappelons l’histoire et les caractéristiques des deux principales techniques employées en guitare, le finger-picking (picking avec les doigts) et le flat-picking (picking au médiator).

L’histoire de la guitare moderne commence avec le blues et la grande majorité des pionniers joue avec les doigts, bien que certains n’hésitent pas à utiliser des onglets ou des médiators néolithiques de fortune. Le premier grand maitre du finger-picking est assurément Blind Blake, figure de proue de l’East Coast blues. Son jeu est basé sur une transposition à la guitare du piano ragtime.

Le pouce effectue des "rolls” et ne tombe pas systématiquement sur les temps ou les contretemps. Tout devient ainsi plus complexe. D’autres spécialistes du finger-picking s’illustrent également à cette époque, tels Blind Lemon Jefferson, Mississipi John Hurt ou Charlie Patton. Avec de tels spécialistes, le finger-picking évolue rapidement, tandis que le médiator en est encore aux balbutiements.

Il faut attendre le grand Lonnie Johnson pour que les choses changent. Il est en effet l’indubitable créateur de la guitare solo, note par note, jouée au médiator. Avec la guitare électrique le médiator devient roi et fait les beaux jours du Hot Club de France et des afficionados manouches, tandis que les bluesmen l’utilisent de plus en plus. Toutefois, certains continuent à jouer avec les doigts, tels Merle Travis, grand spécialiste de la country music, ou avec les doigts et des onglets, comme Chet Atkins et Cliff Gallup.

60'S : LE MÉDIATOR OMNIPRÉSENT

A l’aube des sixties, en pleine explosion rock’n roll, le médiator devient omniprésent. Le jeu aux doigts est alors progressivement délaissé. Il reste l’apanage des folk singers ou des guitaristes classiques et il faudra attendre un certain Mark Knopfler pour que les choses changent.

Examinons à présent les principales caractéristiques du flat-picking et du finger-picking. Le flat-picking est basé sur l’utilisation du médiator et repose le plus souvent sur la logique de l’alterné dont le principe est très simple.

Tout coup en aller est suivi d’un retour, même lorsque l’on change de corde. Lorsque des silences ou des liaisons apparaissent, on conserve le sens des coups qui sont effectivement joués. 

Le finger-picking repose largement sur l’utilisation des doigts de la main droite auxquels on ajoute parfois des onglets qui sont autant de médiators. En règle générale, le pouce joue les basses, tandis que l’index, le majeur et l’annulaire se positionnent sur les cordes aiguës. Dans certains cas, les cordes sont attaquées simultanément avec l’ensemble des doigts de la main droite, comme en flamenco.

Tous les grands guitaristes des trente dernières années utilisent le médiator, à l’exception de Mark Knopfler et Jeff Beck, mais certains emploient également le jeu aux doigts, surtout en guitare acoustique.

LE MARK-PICKING

Comme nous l’avons déjà vu, Blind Blake révolutionne le jeu en finger-picking. Mark Knopfler s’en inspire directement et l’applique d’abord uniquement à la guitare acoustique.

Il réalise alors progressivement qu’il peut utiliser cette technique en guitare électrique et qu’elle permet d’exécuter des plans injouables au médiator. Selon ses propres dires, il acquiert empiriquement ce style à la main droite en écoutant, en assimilant mal et surtout en transgressant ce qu’il entend.

Mais le résultat est là : une technique incroyable et surtout un son qui met K.O les plus sceptiques ! Le pouce va au-delà de la corde de Ré et se partage pour moitié la mélodie avec l’index, en exécutant également les basses.

Le majeur (et parfois l’annulaire) sont repliés et complètent l’action des autres doigts. L’auriculaire est posé sur la table et sert de point d’appui en étant souvent épaulé par l’annulaire. Ce doigté peu commun est celui du luth et date du XVIème siècle.

On le retrouve chez certains bluesmen mais c’est Mark Knopfler qui l’a adapté à la guitare électrique. Une idée géniale !!

JJ RÉBILLARD
Rédigé le  4 avril 2016 20:24 dans MARK KNOPFLER  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : MARK KNOPFLER (PART 2)


PARCOURS ET INFLUENCES

Mark Knopfler voit le jour à Glasgow le 12 août 1949. Il s’intéresse à la musique dès son plus jeune âge et prend des cours de piano et de violon.

C’est pourtant la guitare qui le motive le plus et on le trouve ainsi devant l’armoire à glace familiale avec une raquette de tennis en guise de 6 cordes, à l’âge de neuf ans....

Mark est gaucher mais on lui a imposé la position du droitier en violon et c’est donc tout naturellement qu’il adopte celle-ci pour la guitare. Comme il le dit lui-même, cette inversion personnalise immédiatement son jeu.

A dix ans, son oncle lui fait écouter le boogie-woogie. Il découvre alors rapidement Elvis Presley, Scotty Moore, Chet Atkins, James Burton ou encore Duane Eddy.

Son père lui offre sa première guitare électrique pour ses quinze ans. Il s’agit d’une Hofner V2 rouge, imitation de la fameuse Fender Stratocaster. Mark est en effet devenu un adepte de l’homme à la guitare rouge, Hank Marvin, et le premier morceau qu’il apprend à jouer est Apache, des Shadows.

N’ayant pas d’ampli, il colle son oreille sur la table de résonnance de la Hofner, la tête de celle-ci étant posée sur le dossier d’une chaise qui fait office de réverbe. Il emprunte donc en complément les guitares acoustiques de ses copains et décide qu’il utilisera deux techniques main droite, en fonction de l’instrument sur lequel il joue : le médiator pour l’électrique et les doigts pour l’acoustique.

FOLK ET BLUES ACOUSTIQUE

Il s’intéresse à cette époque au blues de Muddy Waters, Howlin’ Wolf, Buddy Guy et B.B.King, mais son problème d’amplification n’est toujours pas réglé. Il se tourne ainsi naturellement vers le folk et le blues acoustique.

Cette orientation aura de grandes conséquences sur son jeu de main droite car Mark étudie les techniques utilisées par Bert Jansch ou Bob Dylan.

Il complète cette étude avec les plans de Blind Lemon Jefferson et forge définitivement son style à partir des enseignements de Blind Blake, grand pionnier du finger-picking et de l’East Coast Blues.

Parallèlement, il découvre l’inventeur de la guitare solo, Lonnie Johnson. Il retiendra surtout l’extraordinaire fluidité de son jeu et ses riffs en forme de section de cuivres sur les cordes aigües.

On retrouve largement ces derniers dans le jeu de main gauche du sultan qui voue par ailleurs une admiration sans bornes à Django Reinhardt.


DUO DE GUITARES ET PREMIERS CONCERTS


En 1965, Mark monte un duo de guitares et donne ses premiers concerts. Après un bref passage dans le domaine du journalisme, il décide de se consacrer définitivement à la musique.

Fin 70, on le retrouve à Londres avec les Breweer’s Droop dont la musique est un mélange de rythm’n blues et de cajun. Puis il monte son premier vrai groupe, The Cafe Racers.

Du rockabilly au country blues, en passant par le rythm’n blues, le ragtime ou le folk, Mark pratique à peu près tous les styles et en profite pour se perfectionner en dobro et en slide.

C’est de cette fusion que nait le style que l’on connait, selons ses propres dires. A partir de 1976, il commence à composer sérieusement. Au plan technique, il abandonne complètement le médiator.

Début 77, il réalise un vieux rêve en s’offrant sa première Strat : c’est la révélation et Mark crée la version définitive de "Sultans of swing” qui avait été écrite à l’origine sur une National accordée en open tuning. Le son Knopfler est né !

On connait la suite, l’aventure Dire Straits, les stades et la gloire. Mais notre homme ne sera pas victime de son succès.

Il revient à une musique plus intimiste dans les années 90, avec une carrière solo au cours de laquelle il jamme souvent avec ses maitres à penser comme Chet Atkins.

Aujourd’hui, Mark promène toujours son blues avec brio, comme en témoignent ses dernier opus. Mélodie et fluidité, raffinement et originalité, le cinquième mousquetaire aux côtés de Jimi Hendrix, Eric Clapton, Jeff Beck et Jimmy Page ? A vous de juger...
 
JJ RÉBILLARD


Rédigé le  15 mars 2016 19:57 dans MARK KNOPFLER  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : MARK KNOPFLER (PART 1)


MAIN GAUCHE MAIN DROITE
                                                        
"Quand on apprend la musique, c’est une question d’amour. Peu importe s’il s’agit d’un plan de B.B. King à la guitare électrique ou d’un arpège de Chet Atkins à l’acoustique. Ou qui que ce soit, de Blind Lemon Jefferson à Lonnie Johnson en passant par Big Bill Broonzy.

J’ai écouté beaucoup de country blues, Blind Blake, Blind Willie McTell mais aussi du Western swing ! Peu à peu, j’ai établi mes propres connexions pour lier toutes ces musiques et en extraire une sorte de synthèse. C’est ainsi qu’on obtient ce que les gens appellent un style : celui-ci provient d’un nombre incalculable de facteurs.

En ce qui me concerne, le fait que je sois gaucher tout en jouant comme un droitier y est certainement pour beaucoup....Chet Atkins prétend que cela explique mon vibrato très puissant à la main gauche.”

Au travers de cette citation, voici le regard de Mark Knopfler sur son propre style. Il est exact que le son du sultan est d’abord celui de sa main gauche, celle du toucher. Pour la raison précédemment évoquée, ce son est très typé et ceux qui ont  cherché à reproduire les doubles bends du maitre en savent quelque chose.

En soi, le double bend n’est pas l’obstacle majeur, mais le vibrato que l’on ajoute est une autre affaire. De la même façon, l’autre secret du son Knopfler est celui de sa main droite. En développant, en personnalisant et en adaptant le finger picking de Blind Blake à la guitare électrique, Mark a ouvert de nouvelles perspectives à cet instrument.

Donc, si vous souhaitez sonner comme Mark Knopfler, vous savez ce qu’il vous reste à faire : travaillez votre vibrato main gauche comme un forcené et apprenez le finger picking selon Blind Blake ! 

A PROPOS DU STYLE

La précédente recette est intéressante mais reste insuffisante pour approcher le style et le son du sultan.

Côté style, le vibrato main gauche de Mark se double en effet d’une approche mélodique originale qui tient compte des harmonies sous-jascentes, souvent calquée sur des positions d’accords, de renversements et de leurs arpèges respectifs.

Sa main droite est basée sur le mélange de différentes techniques que l’on retrouve chez les pionniers du blues.

En fait, Mark Knopfler utilise aussi bien le jeu basé sur l’alternance pouce-index caractéristique du Delta blues ou du Texas blues roots, que les techniques plus sophistiquées du finger-picking de l’East Coast blues.

Les nuances de jeu sont extrêmement importantes et il est capital de les assimiler pour aborder l’étude de son style.

Ces nuances sont obtenues par les différences d’attaques et par le déplacement permanent de la main droite.

Au final, un style inimitable : la main gauche de Lonnie Johnson, la main droite de Blind Blake et surtout la touche Knopfler...

Avec des compositions qui mélangent avec bonheur le blues, le folk, la musique d’Europe orientale, la musique celtique, la country music et le rock.

Il est d’ailleurs intéressant de noter que Dire Straits et Mark Knopfler connaitront le succès en pleine période punk.

Il est donc parfois préférable de nager à contre-courant pour réussir et surtout obligatoire de rester fidèle à sa démarche initiale...

A PROPOS DU SON

Côté son, commençons en laissant Mark Knopfler le définir lui-même.

"Mon son est la synthèse de ce que j’ai pu écouter, apprécier, toutes ces petites choses que les plus grands guitaristes pop ont pu inventer.

On n’est en fait que la somme de ce qu’on a pu écouter, comme une éponge qui absorbe différentes choses pour produire un tout autre jus quand on l’essore.”

Cette définition est superbe et on peut la compléter en considérant que le son Knopfler résulte de la conjonction de quatre paramètres.

Le premier est l’inversion main droite-main gauche puisque Mark Knopfler est gaucher et joue à droite sur des guitares de droitier. Cette inversion est à l’origine de son puissant vibrato main gauche qui est reconnaissable à la première note.

Second paramètre, la qualité mélodique de la main gauche qui suit en permanence les harmonies.


C’est un peu comme si Mark avait un second manche en filigrane sur lequel défilaient les accords pendant qu’il joue ses leads !!

La main droite est le troisième paramètre avec ses nuances sonores infinies. En dernier lieu et, avec ou sans Dire Straits, le son Knopfler résulte d’une alchimie harmonique assez complexe entre les différentes parties de guitare, comme en témoignent les refrains de Sultans Of Swing (cf analyse des titres en version intégrale).

Pour finir, on n’oubliera pas que Mark Knopfler est un authentique bluesman et que son jeu est construit en permanence sur un dialogue entre sa guitare et sa voix. Son style vocal est encore une fois très personnel, à mi-chemin entre Skip James et JJ Cale.

JJ RÉBILLARD



Rédigé le  15 mars 2016 17:46 dans MARK KNOPFLER  -  Lien permanent
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