Blog JJ Rébillard

ERIC CLAPTON

STORY ET ANALYSE DE STYLE : ERIC CLAPTON (PART 7)


ANALYSE DES TITRES EN VERSION INTEGRALE


• RIDING WITH THE KING
 
Duo au sommet : Il s’agit encore d’une reprise mais elle est signée John Hiatt et ce titre est extrait de l’album Riding With The King sorti en 2000. Eric Clapton y enregistre de fantastiques duos avec B.B King et l’album est un véritable régal pour tous les amateurs de blues. Riding With The King est pratiquement l’équivalent d’un double titre pour les guitaristes, puisque vous pouvez étudier la partie d’Eric Clapton puis celle de B.B King. Côté son, prenez une overdrive (guitare 2) en mettant le volume à 9, ce qui vous donne une marge de manoeuvre pour le solo final où vous mettrez le volume à 10. La guitare 3 sera exécutée en son clean et vous ajouterez un compresseur qui vous aidera à obtenir le sustain nécessaire si vous n’avez pas la fameuse ES 347 de B.B King.
Commençons en évoquant la guitare 1 qui est un excellent exercice rythmique. Prenez un son clean assez mordant et attaquez le riff d’intro en accentuant les notes jouées sur la corde de Ré, ce qui diminue naturellement les résonances de la corde à vide de La. Le couplet est caractéristique des formules blues rock d’Eric Clapton. On alterne contretemps et stops main gauche en doublant parfois la ligne de basse. Dans les refrains, on passe sur des schémas classiques du blues, en version binaire dans ce titre. Les autres couplets et refrains sont des variantes des premiers et le pont alterne la formule classique du blues avec des liaisons mélodiques.

Les guitares d’Eric Clapton : La guitare 2 est jouée par Eric Clapton et commence sur des plans bluesy typiques en doubles stops, l’intro s’achevant par une phrase construite sur la gamme pentatonique mineure. Durant le premier couplet, Eric est discret et laisse la parole à B.B King. Son jeu devient un peu plus fourni dans le refrain mais c’est dans la partie finale de celui-ci qu’il commence réellement à intervenir. Le deuxième couplet est construit selon le système questions-réponses et c’est à la fin du deuxième refrain que le jeu devient de plus en plus dense. On travaille toujours sur la gamme pentatonique mineure. Le jeu est mélodique, les plans ne sont pas très difficiles mais le groove est remarquable. C’est vous qui drivez la machine et il s’agit de la principale difficulté du morceau avec la justesse des bends qui ne tolère aucun écart. Durant le pont, Eric Clapton est très actif et joue toujours sur la même gamme en ajoutant régulièrement la blue note 2. Pendant la récitation, mettez le volume de la guitare à 6 pour exécuter les différentes phrases pleines de nuances. Les solos de la fin sont assez fournis, toujours basés sur des variantes du motif mélodique du refrain. On peut donc générer de superbes plans à partir d’une simple boucle et c’est la principale leçon à retenir de ce titre. L’option mélodique comporte également peu de risques lorsqu’elle se mélange avec la deuxième guitare lead et c’est pour cette raison qu’Eric l’a choisie.

Les guitares de B.B King : Elles sont à l’image de ce grand maitre du blues et sont constituées de courtes phrases qui fonctionnent selon le système questions-réponses avec le chant ou la guitare 2. Ces phrases sont construites à partir de la gamme pentatonique mineure mais B.B King ajoute souvent les deux blue notes ainsi que la sixte majeure, selon une technique très personnelle. Notez les placements par rapport aux guitares rythmiques, qui complètent celles-ci et donnent l’impression que le King en fait beaucoup plus que ce qui est écrit sur les partitions. Lorsqu’Eric joue plus fourni, la guitare de B.B King se fait plus discrète, mais les mélanges entre les deux parties sont toujours assez fabuleux au plan sonore. Une grande leçon d’humilité qui vous apprendra à vous placer !!


• HIDEAWAY

Bluesbreakers : Nouvelle reprise, d’un standard signé Freddie King, grande influence pour Eric Clapton. Hideaway nous offre un voyage au coeur des années 60 et il s’agit bien sûr de la période Bluesbreakers pour God. Ici, une seule guitare mais quelle partie. Thèmes, riffs, impros, changements de rythme, en bref, vous allez être servis. Utilisez de préférence une guitare équipée de micros double bobinage et un son de type overdrive en mettant pas mal de saturation.   
 
Dialogue interpentatonique On commence sur le thème célèbre de Hideaway qui est construit à partir de la gamme pentatonique majeure. Pour ceux qui connaitraient mal cette gamme ou auraient des difficultés à l’utiliser, le thème que vous allez étudier est un modèle du genre et on note que les premiers plans sont joués sur les cordes de Ré et Sol ou cordes centrales : une illustration du meilleur conseil que l’on puisse donner pour employer la gamme pentatonique majeure sans risque. Si vous jouez uniquement sur les cordes centrales, en commençant ou  en finissant les phrases sur la tonique ou la tierce immédiatement suivies d’un silence, vous n’aurez jamais de problèmes. Un certain nombre de notes de la pentatonique majeure sont en effet des tensions par rapport aux accords du blues. En respectant la règle précédente, il n’y aura jamais de conflits harmoniques. Le deuxième cycle est au contraire conçu à partir de la gamme pentatonique mineure et on utilise donc la technique du dialogue interpentatonique. Le cycle suivant est un thème classique en forme de boogie et on repart sur un nouveau cycle sur la gamme de blues au IIème stade. Le suivant commence par des breaks et l’on joue ici sur la gamme de blues au IIIème stade. Ensuite, changement de rythme avec un nouveau boogie mais binaire cette fois. On rechange de rythme en fin de cycle et on reprend sur des improvisations utilisant la gamme de blues aux différents stades pendant les cycles suivants. Le dernier reprend le thème initial avec des variantes et c’est encore un bel exemple de dialogue interpentatonique.


 JJ REBILLARD


Rédigé le  24 nov. 2014 12:25 dans ERIC CLAPTON  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : ERIC CLAPTON (PART 6)


ANALYSE DES TITRES EN VERSION INTEGRALE


• COCAINE

Un titre fédérateur : ce titre composé à l’origine par JJ Cale est devenu un standard de Mr Clapton qui en a fait la magistrale reprise que l’on connait. Cocaine est très évocateur pour toute une génération de musiciens des seventies. C’est effectivement le morceau qui servait de base à de nombreuses sessions live lorsque l’on voulait jammer avec des invités à l’issue d’un concert. La simplicité de la grille autorisait les improvisations les plus audacieuses et le double solo de guitare de la version Clapton était le prétexte aux délires les plus productifs, si les musiciens étaient en forme bien sûr !! A l’origine, il y a quatre guitares sur Cocaine. La première (enceinte de droite) joue toute la rythmique de base, la seconde les parties funky en doublant régulièrement une partie du riff en single notes et les deux dernières sont les leads, qui interviennent également en cours de morceau pour de courtes réponses et autres doublages du riff. Côté son, utilisez d’abord un son clean limite du crunch avec le volume de la guitare à 8 pour les parties rythmiques et mettez votre volume à fond pendant les solos. Vous pourrez également ajouter un léger chorus durant ces dernières parties. L’intro vous permet de jouer une synthèse des deux guitares lead et les dead notes resteront très discrètes. Cette partie n’est pas très difficile mais vous êtes moteur pour le groove et il ne s’agit pas de trainer. Les couplets et les refrains ne présentent pas de difficultés particulières si ce n’est la mise en place qui doit être impeccable. Par contre la fameuse petite formule funky est certainement l’une des parties les plus difficiles du titre et vous devez avoir un son bien coupant qui sera obtenu en respectant parfaitement les dead notes.

Un solo très rythmique : le solo est construit sur la gamme de Mi blues au IIème stade. On note effectivement la présence régulière des deux blue notes. La découpe des sept premières mesures est simple mais c’est un modèle d’efficacité. D’ailleurs, méfiez-vous car la mise en place n’est pas si évidente. Les mesures suivantes sont tout aussi intéressantes du fait de la variété et la succesion des figures employées. Enfin notez les 4 dernières mesures et l’alternance qui les caractérise : une mesure à base de noires et de croches suivie d’une mesure composée de double croches, la formule étant ensuite reprise à l’identique. Eric Clapton fait ainsi monter la tension jusqu’à la fin de son solo. Les deux solos sont calculés pour fonctionner ensemble selon une technique chère à Eric Clapton qui alterne doublages partiels et questions-réponses. Le troisième couplet-refrain ne connait pas de difficultés supplémentaires et vous pouvez jouer des variantes de la guitare funky entre les deux derniers refrains. Pour le solo final, inspirez vous des plans du solo 1 et vous ne devriez pas avoir trop de problèmes....     


• SUNSHINE OF YOUR LOVE

Psychédélisme de rigueur : un titre illustre, signé cette fois Eric Clapton : Sunshine Of Your Love enregistré avec Cream. Il y a deux guitares et ce morceau illustre à merveille la période psychédélique de notre ami. L’ombre du Voodoo Child plane au-dessus de Sunshine Of Your Love et Eric a certainement voulu rendre un hommage appuyé à son ami en l’écrivant. Vous utiliserez un son de type fuzz, en ajoutant un peu de compresseur durant le solo pour obtenir le sustain souhaité. Le riff est célébrissime et il est d’abord joué en single notes avant d’être transposé en accords. Il n’y a pas de difficultés à signaler à l’exception des refrains pendant lesquels les breaks de batterie peuvent vous distraire et vous devez soigner la mise en place en comptant les temps si besoin est.

Un solo « out » : le solo est par contre difficile car il est joué "out” au plan rythmique, la mise en place et les plans ternaires étant assez difficiles à respecter. Pourtant, c’est ce qui donne tout son charme à ce solo et le rend si aérien. Côté gammes, on suit la grille en jouant selon la technique du dialogue interpentatonique. Ainsi, on attaque sur Ré pentatonique mineure puis on répond en Ré pentatonique majeure et on alterne de cette façon jusqu’à la fin, toute la dernière partie étant jouée sur Ré pentatonique mineure. Pour le dernier couplet, commencez avec le riff puis jouez un solo comme sur l’original, en vous inspirant des plans du solo précédent. 

JJ REBILLARD  




Rédigé le  17 nov. 2014 15:49 dans ERIC CLAPTON  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : ERIC CLAPTON (PART 5)


MATOS DE CHOC


GUITARES

Sur ce plan, la panoplie d’Eric Clapton est impressionnante. Avec les Roosters (1963), il joue sur une Kay Jazz II et avec les Yardbirds, il emploie une Fender Telecaster, une Fender Jazzmaster, une Gibson ES 335 ou encore une Gretsch 6120. Pendant la période Bluesbreakers, il joue sur une Gibson Les Paul qu’il abandonne au profit de la Gibson SG psychédélique de 61 avec Cream. Pour Blindfaith, Eric choisit une Gibson Firebird puis une Les Paul Custom 3 micros. Comme on le remarque, la première période est plutôt Gibson et c’est à l’époque de Derek And The Dominos que God adopte définitivement la Fender Stratocaster, en l’occurence la fameuse "Layla Strat” de 1956. Il ne quittera pratiquement plus les Stratocaster à partir de cette date et ce pour différentes raisons. Parmi celles-ci, on peut citer le désir d’assumer la continuité par rapport Jimi qui restera à tout jamais l’un des ses plus chers amis. Il possède ainsi plusieurs Fender dont une de 1954, une de 1965 et Blackie, sa préférée dont le manche est de 1956, la caisse de 1957 et les micros du début des seventies. Il utilise beaucoup cette guitare, notamment durant la première partie des années 80. Depuis la fin des eighties, Eric joue sur le modèle spécialement conçu pour lui par Fender, la Stratocaster Eric Clapton Signature équipée de micros Lace Sensor.
Sur le plan acoustique, il utilise principalement des Martin, la première de 1965, et la seconde de 1939 sur laquelle il joue lors des concerts au début de 1993 au Royal Albert Hall. On n’oubliera pas sa Fender acoustique et ses dobros qui clôtureront cette liste d’une longueur rarement égalée. 

AMPLIS

Suivant les époques, Eric Clapton emploie des Vox AC30, des Marshall (combos des 50 W, JTM45 de 100 W), des Fender (Dual Showman, Champs, Twin Reverb) ou bien encore des Music Man. A titre indicatif, il joue sur un Marshall Combo 50 W à l’époque des Bluesbreakers et sur un Fender Dual Showman lors de la période Derek And The Dominos. A l’heure actuelle, Eric reste fidèle à Fender ou à Music Man, bien qu’il ait une préférence pour Fender mais il peut utiliser d’autres amplis comme les Soldano pour obtenir un son particulier.  

EFFETS

Cette section sera extrêmement courte. En effet, Eric Clapton utilise très peu d’effets. On notera une wah wah Vox, un delay analogique MXR et la réverbe de ses amplis. En studio, les réverbes sont présentes mais jamais envahissantes. On notera toutefois l’emploi fréquent en périphérique du flanger ou du chorus qui lui permettent d’obtenir une légère bosse dans les médiums. C’est une caractéristique du son Clapton. En résumé, le son de God repose principalement sur la combinaison Fender Stratocaster + amplis Fender ou sur le duo Fender Stratocaster + amplis Music Man.



POUR AVOIR LE SON ERIC CLAPTON


La guitare : utilisez de préférence une Gibson Les Paul ou une Gibson SG pour jouer les titres de la première période, jusqu’à la fin des années 60. Pour la suite, on prendra naturellement une Fender Stratocaster.

L’ampli : sur ce plan, on peut utiliser un Fender Twin Reverb qui permettra d’obtenir les sons clean et Crunch. Pour le reste, ajoutez des pédales pour les sons saturés ou utilisez un Marshall. Un simulateur d’ampli peut donc être conseillé.

Les effets : prenez des pédales ou un multi effet. Mais Mr Clapton utilisant très peu d’effets, on se contentera du strict minimum, à savoir une wah wah, un chorus et un delay.

JJ REBILLARD  

Rédigé le  10 nov. 2014 20:12 dans ERIC CLAPTON  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : ERIC CLAPTON (PART 4)


MAITRE DU GROOVE

Le style Clapton est très rythmique et cet aspect est particulièrement difficile à reproduire. Les parties lead de Riding With The King ne sont pas d’un niveau shred mais quel drive et quel sens du placement ou de la nuance ! Il faut dire que B.B King est vraiment le King sur ce plan. Eric a beaucoup appris de lui et a su apparemment transformer l’essai. Toujours au plan rythmique, les morceaux de God comprennent souvent des overdubs indispensables pour le groove, comme la petite guitare funky des couplets et du final de Cocaïne. Sur le plan de la composition, Eric Clapton soigne l’aspect mélodique et propose des arrangements variés. La gamme de blues est son système mélodique de prédilection mais il compose également sur les gammes majeures et mineures ou sur les modes mixolydien et dorien. On trouve régulièrement des modulations qui sont préparées et résolues avec soin. Enfin, les arrangements sont d’abord conçus au plan rythmique, les parties s’imbriquant entre elles comme en reggae ou en funk, en respectant souvent le bon vieux système questions-réponses du blues. Ecoutez sur ce plan le fameux Riding With The King ou Cocaïne. Il y a de la place et cela respire, avec pour corollaire un groove superbe.

UN PHRASE TRÈS RYTHMIQUE
 
Il y a beaucoup à dire sur ce plan et je dois vous confier à titre personnel que je dois pas mal de choses à Eric Clapton. C’est avec les Bluesbreakers que j’ai découvert le blues à la fin des sixties. Sunshine Of Your Love est un des premiers morceaux que j’ai su jouer et j’aime toujours autant entendre Eric aujourd’hui qui reste un de mes guitaristes préférés. La première marque de fabrique du jeu de God est certainement la qualité rythmique de son phrasé qui compte une grande variété de figures, des mises en place subtiles et l’utilisation de cellules qui sont caractéristiques de son style. Un cours sur la question pourra être pris en étudiant le premier solo de Cocaïne qui regorge d’astuces rythmiques. Eric a également l’art du silence ou de la note caractéristique bien placée. Il manie le contrepoint mélodique comme le contrepoint rythmique à la perfection (Layla). Au plan général, God est un guitariste complet, acoustique, électrique, rythmique et lead tout en étant chanteur. La réunion de ces qualités n’est pas si fréquente, elle mérite donc d’être signalée. Côté rythmique, il emploie les schémas simples issus du blues, les rythmiques rock à base de riffs, ou les formules en flat-picking mélangeant riffs, arpèges et interventions mélodiques. Les rythmiques basées sur l’emploi systématique des contretemps avec mélange de demi-soupirs et quarts de soupirs sont fréquentes et on trouve également des formules funky. Eric est vraiment universel car il joue aussi bien au médiator qu’aux doigts, ce qui lui permet d’avoir une grande variété de registres.

L’ORFÈVRE DE LA PENTATONIQUE

Pour les leads, on distinguera cinq grandes tendances. Les chorus les plus courants sont basés sur la gamme pentatonique mineure à laquelle il ajoute les deux premières blue notes. Il emploie aussi la gamme pentatonique majeure à l’image de Jimi et de ses bluesmen de prédilection. Les solos construits à partir de la gamme de blues au troisième stade sont nombreux, tout comme les formules à base de dialogue interpentatonique. Quand je vous disais qu’il est un maitre du blues et de ses gammes...Il utilise également, mais plus rarement les modes majeurs ionien, mixolydien ou les modes mineurs aéolien et dorien. Enfin, la dernière catégorie est celle des leads utilisant les techniques de contrepoint mélodique qu’il maitrise totalement, seul ou en duo, comme avec B.B King. On n’oubliera pas les talents en slide d’Eric Clapton qui est un grand maitre sur ce plan. Il joue en slide depuis ses débuts puisqu’on peut l’entendre croiser le bottleneck avec les Yardbirds dans Good Morning Little School Girl (1963). Son jeu est toujours aussi émotif et il sait vraiment faire pleurer sa guitare ou faire entendre les échos des pionniers du Delta Blues.
Pour conclure, nous avons donc affaire à un guitariste d’exception et le meilleur conseil que je peux vous donner si vous souhaitez sonner comme Eric Clapton sera le suivant. Faites comme lui !! Déchiffrez et analysez les plans des plus grands guitaristes de blues sans oublier la rigueur ou l’obstination qui seront seules capables de seules capables de vous faire parvenir à tel résultat.


JJ RÉBILLARD

Rédigé le  5 nov. 2014 19:32 dans ERIC CLAPTON  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : ERIC CLAPTON (PART 3)



LE SON CLAPTON



Le son Clapton est d’abord celui du blues. N’oublions pas qu’Eric a appris son instrument en repiquant à l’oreille tous les plans de ses bluesmen préférés. Mais il a largement personnalisé les phrasés de ses maitres, notamment au plan sonore. Le son de guitare a beaucoup évolué depuis le début de sa carrière et on distingue plusieurs périodes. Pendant les années 60, Eric utilise des sons plutôt saturés qu’il obtient à partir du mariage Les Paul-Marshall ou SG-Marshall. A partir de 1970, il délaisse les Gibson au profit de la Strato qu’il branche sur des Marshall ou des Fender. Le son est plus clean, souvent crunchy ou teinté d’overdrive. C’est le fameux son Clapton qui correspond à la légende, jusqu’en 1994. From The Craddle voit un retour aux sources électriques du Chicago Blues, mais nous sommes en pleine période grunge et Eric utilise parfois des sons ultra-saturés, la version moderne du son Elmore James en quelque sorte. Dans Pilgrim, les sons sont plus variés et Clapton emploie une palette très complète comprenant à peu près tous les sons de sa longue carrière. Mais c’est le tandem Fender Stratocaster - Fender Twin Reverbe qui reste la marque de fabrique du son Clapton, celui que l’on reconnait à la première note. Côté micros, Eric emploie souvent les positions intermédiaires de la Strato, avec une préférence marquée pour la combinaison micro central-micro chevalet qui est encore une des ses marques de fabrique. Le son Clapton est encore celui de sa voix, pleine d’expression, le dialogue chant-guitare étant à la base de toute sa musique.


UNE PRODUCTION RICHE EN ASTUCES

La production des albums d’Eric Clapton semble toujours simple de prime abord. A titre d’exemple, la première écoute d’un titre comme Cocaïne ne permet pas forcément d’entendre les nombreux overdubs qui révèlent au moins 4 à 5 pistes de guitare. Il en est de même pour Layla dont l’arrangement est somptueux. Vous aviez d’ailleurs pu apprécier le fameux score pour 6 guitares dans le Guitar Collector n°2 consacré à Eric Clapton. En fait, la production est conçue dans un esprit live. Comme le groupe compte généralement deux guitaristes, le but est d’entendre deux guitares. Le mix est donc en conséquence mais il y a souvent des parties complémentaires. Ainsi, il est impossible d’obtenir la puissance de son de Riding With The King sans ajouter une ou deux parties à la rythmique de base. Les guitares supplémentaires se fondent dans la masse et on ne les entend qu’à de rares moments, en écoutant bien chaque enceinte. Donc, méfiance...
A titre indicatif, lors de l’enregistrement de Riding With The King pour le GC39, j’avais deviné la présence d’une rythmique saturée dans l’enceinte de droite en écoutant l’original. Je l’enregistrais donc et la plaçais au même endroit que dans l’original. Mais en enregistrant la guitare 1 de l’original, située plus à gauche, je n’arrivais pas à obtenir le même son que dans la v.o. De plus, il manquait une assise à cette guitare 2 et je me souvins que ce genre de groove est souvent le fait de deux guitares. J’ai donc enregistré une partie supplémentaire en tenues strictes dans la première partie du morceau. De cette façon, on n’entend pas cette partie mais elle ajoute du corps et du swing à la guitare 1. A partir du pont, la guitare supplémentaire est beaucoup plus fournie mais elle reste dans le groove de la guitare 2 et on ne l’entend pas davantage. Souvenez-vous de cette astuce qui est une ruse de production que l’on retrouve dans bien d’autres styles.    




AUTHENTICITE ET MODERNITE


Le son Clapton privilégie l’authenticité, notamment grâce à la qualité des prises pour lesquelles il a travaillé avec Alan Douglas durant de nombreuses années. Ainsi, les guitares acoustiques ne sont pas aussi vintage que celle des 78 tours de Robert Johnson mais si l’on écoute un titre comme How Long Blues (From The Craddle), on a vraiment l’impression d’être dans une taverne de Chicago au coeur des années 30. On croirait presque entendre Leroy Carr et Skrapper Blackwell. De fait, Eric Clapton est un spécialiste des reprises et il faut souligner qu’il a le don d’exhumer des trésors en proposant de nouvelles versions toujours très réussies. Son travail de collecte est considérable et il lui doit certainement son sens de l’authenticité. Le mix est toujours le fait d’Alan Douglas ou de ses pairs, mais Clapton supervise largement l’affaire en n’oubliant pas de s’entourer du coproducteur idéal qui lui apportera la modernité. Depuis Pilgrim, il travaille ainsi souvent avec Simon Climie, spécialiste de Pro Tools et homme de goût. Le tandem fonctionne aussi bien en électro qu’en traditionnel, la production de son tribute à Robert Johnson étant à cet égard particulièrement réussie. 


JJ RÉBILLARD


Rédigé le  27 oct. 2014 15:38 dans ERIC CLAPTON  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : ERIC CLAPTON (PART 2)



PARCOURS ET INFLUENCES

Né en 1945, Eric Clapton est le fils d’un soldat canadien et d’une jeune anglaise de seize ans, Pat Clapton. Malheureusement, le soldat rentre chez lui et sa mère s’installe en Allemagne. Eric Clapton se retrouve donc seul avec ses grands-parents qui assureront son éducation. Très doué pour les arts en général, Eric Clapton a une enfance plutôt heureuse et entre au Kingston College of art en 1959. A cette époque, Eric s’intéresse déjà beaucoup à la musique et écoute d’abord les pionniers du rock que sont Buddy Holly, Elvis Presley ou Chuck Berry. Avec sa première guitare acoustique, il découvre les maitres du blues noir. Big Bill Broonzy, Skip James, Robert Johnson, Blind Lemon Jefferson seront des influences déterminantes pour son style acoustique. Autres références, mais électriques cette fois, celles du Chicago blues d’après-guerre avec Otis Rush, Muddy Waters, Howlin Wolf, Buddy Guy ou Elmore James. Le Texas fait également partie de son univers électrique. Lightnin’ Hopkins, T.Bone Walker et surtout Freddie King sont encore autant d’influences importantes pour le jeune Clapton. Mais la pratique assidue de la guitare a ses revers au plan scolaire et God se fait virer du Kingston College en 1962. C’est à cette époque qu’il se met à la guitare électrique après avoir rencontré un certain Alexis Korner. Ses deux premiers groupes sont The Roosters et The Engineers, au sein desquels il ne reste pas très longtemps. En 1963, il a l’opportunité d’intégrer les Yardbirds qui démarrent alors leur carrière au quart de tour et connaissent le succès que l’on sait. La légende Clapton commence à ce moment car Eric a une maitrise musicale étonnante qui en fait un des artistes les plus prometteurs de sa génération. Eric délaisse pourtant les Yardbirds en 1965 pour rejoindre une autre formation mythique, les Bluesbreakers de John Mayall.

GOD & THE VOODOO CHILD

Pour ses fans, Eric devient God et c’est certainement le dieu du moment. Mais lorsqu’il rencontre l’extra-terrestre Jimi, il a la vision de celui qu’il aurait toujours voulu être, malgré le profond respect du Voodoo Child à son égard. Jimi devient ainsi une nouvelle influence pour Eric qui commence sa période Cream aux côtés de Jack Bruce et Ginger Baker. Cream est un groupe majeur des sixties et sort trois albums d’anthologie en 1966, 1967 et 1968. Après Cream, Eric Clapton forme successivement Blind Faith puis Derek And The Dominos, deux super groupes qui correspondent aux sommets de la gloire pour God. C’est avec les Dominos que Clapton écrit son tube éponyme Layla sur lequel joue le grand Duane Allman, l’un des plus grands sliders de tous les temps. Fin 1970, Jimi Hendrix disparait et Eric perd un de ses meilleurs amis. Commence alors la descente aux enfers et une période très sombre pour le dieu qui vacille sur son piédestal. L’héroïne est son principal mentor jusqu’en 1973. Musicalement, Eric a très peu d’activité durant cette période et sa carrière reprend en 1974 avec l’album 461 Ocean Boulevard, à la frontière du blues, de la country, du funk et du reggae. Les seventies s’achèvent plus sereinement et Eric sort plusieurs albums parmi lesquels Slowhand, sur lequel figure entre autres Cocaïne. Les eighties semblent démarrer plutôt bien avec le live Just One Night, en compagnie d’Albert Lee. Mais Eric Clapton a remplacé la drogue par l’alcool et il est hospitalisé en mars 1981 à cause de ses excès qui risquent de le mener directement au cimetière.


RETOUR AUX SOURCES

Pendant les années 80, c’est un peu la traversée du désert. Eric règle d’abord son problème avec l’alcool puis cherche une nouvelle voie. Autant dire qu’il apparait un peu comme un has been durant cette décennie et il faut attendre l’album Journeyman pour retrouver un Clapton en meilleure forme. Les années 90 vont être le point de départ d’une nouvelle carrière qui commence avec le célebrissime Unplugged. God a retrouvé le blues et fait carrément un retour aux sources lorsqu’il sort From The Craddle en 1994, un album en forme d’hommage aux pionniers du Chicago blues qui ont tellement inspiré son jeu. Depuis cette époque, Eric Clapton évolue entre la modernité (Pilgrim) et des hommages vibrants aux grands du blues, dans des versions parfois très traditionnelles, comme sur son opus consacré à Robert Johnson. Dans ses derniers albums (Back Home, The Road To Escondido, Clapton ou Old Sock, Eric Clapton propose un cocktail de blues, de rock et de reggae, ses styles de prédilection.  Il s’y révèle toujours aussi inspiré et il est à présent certain que God continuera à nous combler, à l’instar d’un B.B King avec lequel il partage la même philosophie du blues. Riding With The King...That’s the way for God !!   


JJ RÉBILLARD

Rédigé le  20 oct. 2014 16:19 dans ERIC CLAPTON  -  Lien permanent
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