Blog JJ Rébillard

BOB MARLEY

STORY ET ANALYSE DE STYLE : BOB MARLEY (PART 6)



ANALYSE DES TITRES EN VERSION INTÉGRALE


• I SHOT THE SHERIFF

Pour commencer, le tube des tubes, I Shot The Sheriff. Ce titre présente une structure couplet refrain inversée puisque l’on commence toujours un cycle sur le refrain. Sur le refrain 1, le couplet 1 et le refrain 2, jouez la guitare 2 puis enchainez avec la guitare 3 pour les leads du couplet 2.

A partir du refrain 3, vous jouerez la guitare 1 et reprendrez la guitare 2 au refrain 4 jusqu’à 4’14. Sur la fin, amusez-vous avec la guitare 3 (lead). Côté son, utilisez préférentiellement une guitare de type Gibson.

Prenez un son clean doté d’un léger crunch en réduisant les médiums. Vous mettrez de la réverbe sur les guitares 2 et 3 alors que la guitare 1 sera jouée sans cet effet.

Une rythmique reggae-funk : le morceau démarre sur une rythmique de type fusion, à mi-chemin entre le funk et le reggae, intégrant le fameux contretemps. Enclenchez la wah wah dès le premier refrain. Cette partie est loin d’être évidente car il faut respecter toutes les nuances et avoir le bon mouvement avec la pédale. Vous jouerez légèrement ternaire en mesure 8.

Sur le refrain 2, on passe carrément en interprétation ternaire et la partie à jouer est très fine. Essayez de penser shuffle et tout se passera bien. Dans le couplet 2 les leads de la guitare 3 semblent anecdotiques mais s’intègrent très bien à l’ensemble. Ils sont construits sur la gamme pentatonique m. Soignez les attaques qui doivent rester assez soft.

Binaire-ternaire : Enchainez à présent la rythmique de la guitare 1. C’est peut-être la plus grande difficulté du morceau. Pendant le refrain, jouez le plus souvent ternaire en introduisant régulièrement une dose de binaire sur les doubles croches du contretemps et soyez binaire durant le couplet. Cette rythmique est très percussive et la main gauche est à la limite des dead notes. A ce tempo, la cadence est difficile à tenir. Ne trainez pas car vous seriez vite à côté.....

La suite ne voit pas de nouvelles difficultés apparaitre. On joue des variantes de plans déjà vus auparavant. A partir de 4’14, vous pouvez jouer lead en utilisant les plans du couplet 2, que vous interpréterez de façon plus personnelle en restant fidèle au spirit of reggae. Pour ce faire, n’oubliez pas de vous placer rythmiquement en établissant un dialogue avec les autres instruments car il n’y a pas beaucoup de place !!. 

• NATURAL MYSTIC

Le titre idéal pour faire connaissance avec les guitares de Julian "Junior” Marvin. Pour suivre sur le play back, commencez avec le riff. Ensuite, vous pouvez jouer toute la partie lead et la ryhmique de la guitare 1 lorsque les silences le permettent. Prenez une guitare équipée de micros simple bobinage, un son clean assez tranchant et mettez une bonne dose de réverbe, surtout sur la guitare lead. Notez que vous pouvez ajouter une wah automatique en faible quantité lorsque vous doublez la rythmique. On commence sur le riff de type cocotte, effectué avec un léger muting. Le morceau est un reggae bien lent (66) et la difficulté correspond beaucoup plus au repect du tempo ou de de la mise en place qu’à la vélocité.

Jouez au fond du temps : lorsque vous jouerez la rythmique, calez-vous au fond du temps, soignez les attaques qui seront nettes et précises et veillez à ne pas accélérer. Au sujet des leads, laissons Julian Marvin en parler. "En fait, c’est le même feeling dans le reggae et le blues. Par exemple, ce que je joue sur Natural Mystic avec les Wailers, ça pourrait être un blues de B.B.King.....C’est toujours du blues même si le rythme est plus haché. Les accords sont les mêmes que dans les blues lents de Albert King ou Howlin’ Wolf. Si vous arrivez à oublier la basse et la batterie et leur groove, dans chaque disque de reggae, vous entendrez du blues. C’est obligatoire, c’est l’unique base commune à tous les styles de musique actuelle.

Spirit Of The Blues : the single note sound. Ce n’est pas le nombre de notes jouées qui fait le reggae ou le blues mais le feeling de chaque note”. Effectivement, tous les phrasés sont ici typiquement blues et on pense souvent à Albert King en écoutant ce titre. Au plan rythmique, la dominante est ternaire (triolets de croches ou de doubles croches) mais on joue également quelques phrases binaires. Pour la gamme, on emploie exclusivement la gamme pentatonique mineure en position I et IV. On ajoute parfois la blue note n°1 et plus rarement la seconde majeure.

Système questions-réponses : d’un point de vue mise en place, le phrasé respecte le système question-réponse du blues avec un dialogue guitare-chant. Les effets de jeu font principalement appel aux bends, bien que l’on note quelques pull off. C’est pour cette raison que l’on est proche des phrasés d’Albert King. Enfin, la couleur reggae apparait grâce au groove des leads. Le groove du titre en lui-même est assez lourd, pesant et il s’en dégage comme une sorte de torpeur. La guitare le respecte avec des attaques régulières et une accentuation subtile que vous travaillerez d’abord sur la version mix du CD.   

JJ RÉBILLARD

Rédigé le  20 avril 2015 11:41 dans BOB MARLEY  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : BOB MARLEY (PART 5)




MATOS DE CHOC


Les sons de guitare des Wailers sont aussi variés que leurs arrangements. En général, les rythmiques et autres cocottes sont exécutées en son clean ou dotées d’un léger crunch.

Les solos se partagent entre les sons clean, les overdrives et les distorsions. A l’exception de la reverbe, de l’écho et du phasing, les effets sont relativement discrets, le son de certaines guitares rythmiques étant pratiquement brut.


• GUITARES

La guitare de prédilection de Bob Marley est une Gibson Les Paul Special achetée en 1973. Elle est en acajou marron et comporte deux micros simple bobinage. Avant cette date, Bob joue sur une Fender Stratocaster sunburst.

Sa guitare acoustique fétiche est une Epiphone douze cordes montée en six cordes et on a pu le voir également jouer  sur une Ovation.

Enfin, la guitare qui a composé No Woman No Cry est un instrument sans marque mais d’une grande valeur sentimentale.




Les autres Wailers jouent sur Gibson Les Paul, Gibson ES 335, Gibson SG ou sur Fender Stratocaster. 




• AMPLIS


A ce niveau, il y a assez peu de choses à signaler. Bob Marley, Al Anderson et Julian Marvin utilisent le Fender Twin Reverb, des Marshall ou des Vox AC30.

• EFFETS

Les chansons des Wailers ont donné lieu à de nombreuses expérimentations au plan sonore. Les effets employés sont d’abord l’overdrive, la distorsion et la wah wah.

Ensuite, on peut ajouter suivant les cas du phasing du delay et de la réverbe. Il faut également rappeler que Roger Mayer, le technicien guitare de Jimi s’occupait des instruments des Wailers.

Il a en quelque sorte été le lien entre Bob et Hendrix, favorisant leurs expériences sonores. 

POUR AVOIR LE SON DE BOB ET DES WAILERS

La guitare : utilisez de préférence une Gibson Les Paul mais vous pouvez aussi jouer suivant les cas sur une Gibson ES335 ou une Fender Stratocaster.

L’ampli : un Fender Twin Réverb sera le plus indiqué mais un Marshall ou un Vox AC30 peut également faire l’affaire. Dans le premier cas, utilisez des pédales pour obtenir les crunch, overdrives et autres distos.

Les effets : au chapitre des effets, notez principalement la wah wah manuelle et automatique, l’effet Leslie, le delay et la réverbe en quantité souvent limitée en rythmique, plus importante en lead.

JJ REBILLARD  


Rédigé le  13 avril 2015 13:16 dans BOB MARLEY  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : BOB MARLEY (PART 4)



LA GUITARE SELON BOB MARLEY


Bob Marley est un excellent guitariste rythmique qui a eu les meilleurs professeurs pour affiner son style tout au long des sixties. Il joue naturellement toutes les formules à contretemps en croches ou en doubles croches. Mais ses rythmiques ont une couleur bien particulière car elles sont très percussives, le son de l’accord étant à peine perceptible du fait de sa technique main gauche. Celle ci étouffe le son en relachant légèrement sa pression selon différentes variantes.

Si la pression est relachée en permanence, la rythmique est totalement percussive (I Shot The Sheriff, Slave driver). La pression peut également être relachée juste après l’émission de la croche (Natural Mystic, Could You Be Loved) ou entre les deux doubles croches (Sun Is Shinning, Get Up Stand Up). Dans ce cas, la rythmique est mixte et on entend le son de l’harmonie ainsi qu’une percussion.

C’est en quelque sorte un coup à prendre et il faut savoir doser la pression pour obtenir ces différents effets. Par ailleurs, il arrive que ces rythmiques soient légèrement mutées en main droite. Bob joue également quelques cocottes mais laisse plutôt ce rôle aux autres guitaristes afin de se concentrer sur son chant. Enfin, certaines rythmiques peuvent avoir une consonance funky (Exodus). 



UNE TECHNIQUE MAIN DROITE SPÉCIFIQUE

On notera que Bob Marley a une technique main droite spécifique basée sur l’emploi du pouce en guitare acoustique. Il n’utilise presque jamais le médiator, lui préférant la pointe de l’index qui rend ses attaques plus tranchantes.

Côté accords, on retrouve les positions du funk, sur les trois ou quatre cordes aigües qui laissent à la basse et aux claviers tout le loisir de s’exprimer. Comme nous l’avons déjà vu, chaque instrument a un rôle très précis en reggae et participe à un édifice sonore global.

Ceci est vrai au plan rythmique comme au plan harmonique. Ainsi, pas question d’en rajouter avec des dead notes inutiles qui prendraient la place des percussions.

De la même façon, on préfère construire l’harmonie à partir de plusieurs instruments et c’est pour cette raison que l’on emploie les positions d’accords citées précédemment.

En résumé, le premier intérêt de ce style de jeu est donc rythmique. Soyez très précis et respectez avant tout la mise en place si vous voulez être fidèle au spirit of reggae....
  


LES GUITARISTES DES WAILERS

Durant toute sa carrière, Bob Marley s’est toujours entouré des meilleurs guitaristes. Le premier est évidemment Peter Tosh, connu pour ses riffs et autres cocottes, ses leads et son jeu subtil à la wah wah (I Shot The Sheriff). Sur l’album Catch A Fire, le guitariste Wayne Perkins originaire de l’Alabama a donné une couleur blues rock complètement nouvelle en reggae. Le solo de Concrete Jungle en est un excellent exemple.

Avec l’album Natty Dread, l’excellent guitariste américain Al Anderson a introduit une dimension bluesy complémentaire au travers de superbes phrasés (Lively Up Yourself, No Woman No Cry) que ne renierait pas un B.B.King.

Al restera fidèle à Bob jusqu’à la fin mais ne participera pas systématiquement à tous les albums. On n’oubliera pas le spécialiste de la rythmique Earl "China” Smith que l’on retrouve sur Rastaman Vibrations.

Enfin, Julian "Junior” Marvin a joué sur tous les opus de la dernière période, à partir d’Exodus. Il s’y révèle très inspiré dans des registres variés. Riffs, cocottes, rythmiques, leads bluesy à la T.Bone Walker, solos hendrixiens puissants caractérisent le phrasé de ce Jamaïcain qui partage son temps entre Londres et Kingston.
 

En reggae, le jeu est avant tout basé sur les rythmiques, le plus souvent à contretemps (voir le paragraphe précédent). Chez les Wailers, Bob s’en charge dans la plupart des cas, bien qu’une seconde rythmique complète souvent la première. Les cocottes (riffs dont les notes sont mutées par la main droite) sont également très fréquentes et restent généralement l’apanage de la seconde guitare.

Le muting de la main gauche est employé à maintes occasions, notamment pour effectuer les dead notes et autres rythmiques percussives. Enfin, la main droite est une véritable horloge. Le poignet doit être souple, les attaques franches et précises, les nuances subtiles, le groove implacable...
Les gammes utilisées pour construire les riffs et les leads sont la gamme pentatonique mineure, la gamme pentatonique majeure, la gamme de blues au premier stade et au troisième stade.

Les croisements sont fréquents et donnent souvent naissance aux gammes hexatoniques (pentatonique mineure + 2de M ou 6te m, pentatonique majeure + 4te J ou 7ème M). Les effets de jeu sont d’abord les effets du blues : les pull off et les bends sont majoritaires, suivis des slides et des hammers, ces derniers étant de loin les moins nombreux. On trouve beaucoup de stops main gauche et de notes piquées, du fait des rythmes assez complexes et de l’accentuation qui crée les subtilités du phrasé. L’utilisation de la pédale wah wah n’est pas rare, le solo de Them Belly Full (Al Anderson) étant exemplaire à cet égard. 

On terminera cette étude sur le style de Bob Marley en rappelant l’importance de ses textes et autres messages. Il s’est fait le porte-parole du tiers monde et du rastafarisme auquel il a donné une dimension planétaire. Bob Marley est donc bien le fils spirituel de Marcus Garvey dont il a transcendé l’oeuvre et la pensée à travers le reggae qui est devenu un style musical et un mode de vie universel.

JJ RÉBILLARD

Rédigé le  6 avril 2015 17:48 dans BOB MARLEY  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : BOB MARLEY (PART 3)



SKA, ROCK STEADY ET REGGAE 

En 1966, l’été est si chaud qu’il transforme le ska en rock steady dont les tempos sont beaucoup plus lents. Bob Marley choisit cette période pour se convertir définitivement au rastafarisme sous la tutelle de Mortimer Planner. Il quitte Clement Dodd et fait un retour à la terre pendant lequel il compose beaucoup. Fin 69, il revient à Kingston et commence à travailler avec le producteur Lee Perry.

Les Wailers sont le meilleur groupe vocal du moment. Ils leur faut donc la meilleure section rythmique : ce sera celle des frères Barrett qui sont les musiciens de Lee Perry. Le reggae est né et son influence résonnera dès lors sur toute la fin du XXème   siècle. Signalons au passage que Lee Perry est le troisième professeur de Marley.

Il lui fait travailler la guitare rythmique et lui apprend le secret des célèbres formules percussives, tranchantes comme le fil du rasoir. Lee Perry renforce également le rôle de la guitare lead de Peter Tosh qui se révèle un redoutable performer en matière de wah wah. Au début de l’été 71, Bob Marley crée sa propre structure, Tuff Gong et sort sous ce label le titre Trench Town Rock. C’est un succès mais le groupe reste à la merci des traquenards de l’industrie du disque. 

CHRIS BLACKWELL ET LE SON WAILERS

C’est à ce moment que Bob rencontre Chris Blackwell, fondateur d’Island. Celui ci connait très bien la musique jamaïcaine dont il a pressenti le succès prochain et les Wailers ont enfin le soutien décisif dont ils avaient besoin.

Dès lors, les succès s’enchainent et les années suivantes voient l’ascension fulgurante d’un Bob Marley, pourtant quitté par Bunny et Peter après l’album Burnin’. I Shot The Sheriff est ainsi repris par Eric Clapton qui en fait un succès interplanétaire.

Bob est à présent connu dans le monde entier et enchaine les tournées aux albums qui connaissent pratiquement tous le même succès. Malheureusement, la maladie apparait bientôt et l’on connait la suite tragique. Mais Marley aura créé un style dont les caractéristiques seront déterminantes pour toutes les musiques de la fin du vingtième siècle. 

Côté son, les Wailers présentent une grande diversité. Celle ci résulte notamment des arrangements qui sont extrêmement variés. Au départ, le son est celui du reggae roots : grosse caisse présente, basse grave et puissante, percussions habilement mises en valeur, guitares tranchantes. Les reverbes peuvent être ultra discrètes mais sont aussi parfois très amples sans aller jusqu’aux effets spéciaux du dub.

Dans un certain nombre de situation, on se situe entre les deux extrêmes en employant "des reverbes liturgiques” de type Small church qui conviennent si bien aux ambiances gospel chères à Bob Marley. Pour le mixage, les panoramiques sont étudiés de manière à favoriser le groove et le dialogue entre les différents instruments.

Les arrangements comprennent de nombreuses guitares, du clavinet, d’étranges synthés un peu kitch, des orgues liturgiques ou des cuivres. Enfin, le son des voix est plaintif, car to wail signifie gémir en anglais et les voix sont ainsi en accord avec la démarche du groupe qui joue la musique de ceux qui souffrent, les sufferers. Les arrangements vocaux sont superbes et particulièrement sophistiqués, dans la plus pure tradition du gospel et des groupes américains de la fin des années 50.  

LE REGGAE SELON BOB MARLEY

A leurs débuts, Bob Marley et les Wailers pratiquent un reggae plutôt roots. On y retrouve la fameuse pulsion à contretemps, la mise en place des drums et de la basse caractéristique et très peu de solos de guitare.

Ces derniers se réduisent le plus souvent à quelques rares interventions de Peter Tosh qui utilise remarquablement la wah wah mais dans une optique plus rythmique.

A la fin des sixties, le groupe évolue et intègre des effets sonores qui ponctuent des textes acides et contestataires, pratiquant ainsi une forme de reggae psychédélique, assez proche de l’esprit du funk américain signé Sly Stone.

Bientôt, les Wailers se démarquent définitivement des autres groupes jamaïcains qui laissent une large place aux délires instrumentaux du dub.

Bob est en effet un song writer et compose de vraies chansons souvent caractérisées par une structure classique couplet-refrain.

Mais c’est Chris Blackwell qui introduit de nouvelles données dans le but de donner une dimension internationale au reggae des Wailers. Pour ce faire, il ajoute les synthés de John Bundrick sur l’album Catch A Fire et continue le travail de Lee Perry qui avait déjà renforcé le rôle de la guitare lead.

Cette fois, Blackwell fait carrément appel au guitariste américain Wayne Perkins, qui imposera sa marque au travers de longs solos inhabituels en reggae. Dans l’album suivant, Burnin’, le groupe introduit un zeste de funk, perceptible sur des titres comme I Shot The Sheriff ou Get Up Stand Up. Après le départ de Bunny et de Peter, la tendance fusion s’accélère.

Le blues fait son entrée en force avec l’excellent guitariste Al Anderson puis c’est le son hendrixien de la guitare de Junior Marvin. Le terme de cette évolution est certainement le titre Could You Be Loved et sa pulsion funky qui fera un malheur dans les discothèques du monde entier. 


JJ RÉBILLARD

Rédigé le  30 mars 2015 15:40 dans BOB MARLEY  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : BOB MARLEY (PART 2)



ORIGINES ET COMPOSANTES MUSICALES DU REGGAE. 

Deux composantes sont essentielles dans l’origine du reggae : le rythme africain avec ses lignes mélodiques issues de la pentatonique mineure et la musique indienne, avec sa gamme pentatonique majeure que l’on retrouve souvent dans les riffs ou les solos. Par ailleurs, une bonne dizaine de styles est perceptible lorsque l’on se plonge un tant soit peu dans l’écoute du reggae. 

Il y a bien sûr le blues et ses hollers, la chanson des années 40 et 50, le gospel, le calypso et sa version locale le mento, le jazz, le ska, le rythm’n blues, la soul des sixties ou le funk. En fait, une bonne partie de ces composantes est déjà présente dans le ska des années 60. 

Il nous faut revenir un peu à l’histoire pour mieux le comprendre. Le mento ou le calypso sont caractérisés par une pulsion où les contretemps sont largement mis en valeur. A l’époque, la radio diffuse beaucoup de backbeat que l’on trouve généralement dans la musique New-Orleans.

Il s’agit en fait de l’afterbeat où les deuxième et quatrième temps sont accentués. Dès lors, les grooves verront les temps forts inversés, soulignés par la grosse caisse et la caisse claire ou le rimshot. 


SKA-TALITES

Fusion entre le mento et le backbeat, le ska est né et avec lui les Ska-talites dont les membres sont des musiciens de Kingston issus du jazz. Le ska est la musique des Rude Boys de la capitale jamaïcaine. A cette époque, un phénomène se généralise : il s’agit des sound systems, véritables ancêtres des discos mobiles ou des sonos des rave de la fin des années 90.

Le sound system est une discothèque mobile composée d’un tourne-disque, d’un ampli et des plus grosses enceintes que l’on puisse trouver. Les DJ’s diffusent les derniers 78 tours de rythm’n blues américains. Mais celui-ci est trop imprégné de rock’n roll pour les Jamaïcains.

Cela va conduire les DJ’s a produire leurs propres disques. On citera Sir Coxsone, Prince Buster ou Prince Edwards. A l’époque, l’atmosphère est assez violente, et les bastons entre DJ’s sont monnaie courante.

Pourtant ce petit monde s’organise bientôt et Sir Coxsone System, animé par Clément Dodd, devient une véritable institution en matière de production musicale jamaïcaine. Et c’est ici que l’on retrouve Bob Marley. 


PARCOURS ET INFLUENCES

Né en 1945, d’une mère jamaïcaine et d’un père anglais, Robert Nesta Marley n’aura que très peu de contacts avec son père. Sa mère aura par contre une influence musicale prépondérante dans l’éducation de Bob. Membre des choeurs de l’église locale, Cedella Marley inculque à son fils l’art du gospel que l’on retrouve en permanence dans la musique des Wailers. D’ailleurs la famille ne manque pas de musiciens. Son grand père joue du violon et de l’accordéon, son oncle de la guitare et du banjo dans des groupes locaux.

Son enfance est donc baignée par la musique et dès l’âge de cinq ans, le jeune Bob chante son premier mento, Touch Me Tomato.

A 14 ans, Bob est hyper branché par le calypso et il file directement à Kingston, plus exactement à Trench Town, un faubourg de la ville qui est en fait un véritable ghetto.

Il y devient rude boy et rencontre très vite Bunny Wailer.

Les deux amis sont influencés par des groupes vocaux américains comme les Drifters, les Impressions ou des chanteurs de soul (Solomon Burke, Sam Cook) et de rock (Elvis Presley).


Le blues et le jazz font également partie de leurs influences car ils sont fortement ancrés dans la culture jamaïcaine. Ils prennent à cette époque des cours avec un certain Joe Higgs, professeur, auteur et chanteur très lié aux rastas. C’est lors de ces cours qu’ils rencontrent Peter Tosh. Peter chante et joue de la guitare.

Les voix des trois futurs Wailers s’accordent à merveille et Higgs les aide à progresser rapidement. Higgs apprend également la guitare à Bob et Bunny et développe les connaissances musicales du trio. Les Wailers sont nés. Ils font alors connaissance avec le batteur  Alvin "Seeco” Patterson (leur percussionniste sur de nombreux albums) qui leur enseigne les secrets des rythmes africains et de la musique rastafari.

Bob acquiert un véritable sens du groove accompagné d’une grande rigueur rythmique. Patterson présente bientôt Clement Dodd du Sir Coxsone System aux Wailers. Dodd vient d’ouvrir le célèbre studio One et produit le premier titre du trio qui est accompagné par les fameux Ska-talites. «Simmer Down» devient, pour la jeunesse jamaïcaine, l’équivalent de «Satisfaction» des Rolling Stones. Le succès est donc total et les Wailers deviennent le groupe fétiche des Rude Boys. 


JJ RÉBILLARD

Rédigé le  16 mars 2015 15:21 dans BOB MARLEY  -  Lien permanent
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STORY ET ANALYSE DE STYLE : BOB MARLEY (PART 1)



PAROLES ET MUSIQUE

« Je peux aimer la musique instrumentale. Mais les paroles sont importantes. C’est tout l’ensemble qui est important. Les gens qui au départ n’écoutent que la musique et pas les paroles, finissent bien vite par écouter les paroles. »

Cette citation de Bob Marley définit parfaitement sa conception de la musique. Un ensemble interactif où les textes et autres messages sont aussi importants que la mélodie, le groove ou l’harmonie.

Un ensemble où chacun a sa place et respecte l’autre. Comme en reggae....un style de musique et un style de vie dont Bob reste un des principaux initiateurs aux côtés de Toots.



De fait, Marley a largement contribué à la diffusion planétaire du reggae qui est une influence majeure pour la plupart des musiques actuelles.
L’histoire du reggae et le style de Bob Marley & The Wailers sont donc intimement liés. Pour mieux comprendre, utilisons la machine à remonter le temps en séléctionnant l’année 1494.

JAMAÏCAN VIBRATIONS

L’histoire du reggae commence avec celle de la Jamaïque. Découverte par Christophe Colomb en 1494, l’île est peuplée d’indiens qui sont immédiatement réduits à l’esclavage et meurent rapidement d’épuisement ou de maladie. Les Anglais récupèrent l’île dans leur giron dès 1655 et comprennent vite l’importance du sucre et de son exploitation riche de promesses. Celle ci exige une main d’oeuvre conséquente dont le coût doit évidemment être le plus bas possible.

Ils ont donc recours à l’esclavage et à l’importation de noirs africains. Ils choisissent les tribus les plus guerrières comme les Cromantis, les Mandingues ou les Ashantis qui sont tous originaires du Ghana ou du Bénin. On notera au passage que la branche maternelle de Bob Marley est issue de la tribu des Akans qui appartient aux Cromantis.

L’histoire de la Jamaïque est à cette époque ponctuée de rébellions parfois assez violentes. La dernière révolte d’esclaves se produit en 1831, peu de temps avant l’abolition de l’esclavage. Mais dans les faits, les choses ne changent guère et les Jamaïcains acceptent de moins en moins cette situation en désertant les plantations. De ce fait, les Anglais sont obligés d’avoir recours à la main d’oeuvre indienne et chinoise.

Ce sont les indiens qui introduisent dans l’île la marijuana et la gamme pentatonique majeure. Tous les ingrédients semblent donc être réunis pour favoriser l’émergence d’un courant musical qui sera caractérisé par la fusion et la mixité. Les rythmes seront ceux de l’Afrique et de la musique cubaine. Les lignes mélodiques se situeront au carrefour des gammes pentatoniques mineures et majeures. Les harmonies seront européennes. Quant à l’esprit qui l’animera, on peut parier sur un mélange de révolte, dûe à l’esclavage et de méditation, favorisée par la marijuana. Vérifions ces suppositions...

MARCUS GARVEY

Le reggae est un style musical mais aussi un mode de vie. Pour les comprendre, il est indispensable de connaitre la religion et la philosophie qui en sont les moteurs. Il s’agit bien sûr du rastafarisme dont l’initiateur est un certain Marcus Garvey. 

Si l’on se réfère à un certain proverbe jamaïcain, le bonheur vient de l’ouest, les racines sont au sud, la paix soufle de l’est et le pouvoir réside au nord. De fait, les jamaïcains les plus célèbres sont nés au nord de l’île, dans la région de Saint Ann. Ceci est vrai pour Bob Marley et l’est aussi pour Marcus Mosiah Garvey, le Moïse noir qui voit le jour en 1887.

Successivement contremaitre, meneur de grève, journaliste aventurier, fondateur de l’association universelle pour le progrès noir, Marcus  Garvey parcourt le monde et rencontre des africains qui lui insuflent une véritable passion pour son continent d’origine. Son journal Negro world devient rapidement une référence à Harlem et il prône un retour de la diaspora en Afrique.

Il crée en 1920 une compagnie maritime dont les actions sont réservées aux noirs et met en service un cargo entre New York et Kingston. Avec six millions d’actionnaires, Marcus se retrouve pourtant en prison en 1922 pour fraude fiscale et on le déporte à Panama. Il rentre à Kingston  et se fait prédicateur en 1927 en annonçant : « Tournez vos yeux vers l’Afrique où un roi noir sera couronné, car le jour de la délivrance est proche ». Malheureusement, Marcus Garvey meurt en 1940, avec le grand regret de n’avoir jamais foulé le sol africain. Mais il a fondé une religion, le rastafarisme, dont Bob Marley sera l’emblème à défaut d’en être le messie.

C’est à Kingston que l’on trouve la première communauté rasta, en 1940. Le rastafarisme s’inspire de l’animisme africain, du judaïsme, de l’hindouisme ou encore du protestantisme anglican. Le message est multiple et s’inspire de la bible, de la diététique brahmane ou encore de la magie vaudou africaine. Les rastas adoptent un régime sans alcool, sans sel, à base de fruits, de racines, de poissons ou de légumes. Ils ne se rasent pas et laissent leurs cheveux évoluer en toute liberté. Par contre, les rastas fument la marijuana ou ganja.

C’est un rite sacré qui favorise la méditation. L’âge adulte du rastafarisme coïncide avec l’indépendance de la Jamaïque en 1962. A cette époque, la radio a une place grandissante dans les foyers Jamaïcains. Le rythm’n blues américain et le mento, proche du calypso, fusionnent pour donner naissance au ska alors que les  Rude Boys, littéralement « mauvais garçons des rues », occupent les rues de Kingston. Et c’est là que commence véritablement l’histoire du reggae…


JJ RÉBILLARD

Rédigé le  10 mars 2015 17:13 dans BOB MARLEY  -  Lien permanent
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