Blog JJ Rébillard

BLUES SECRETS

BLUES SECRETS (PART 1)


LES BASES DU PHRASÉ BLUES : HOLLERS ET SYSTÈME QUESTION-RÉPONSE

Les hollers sont à la base du langage blues et de toutes les musiques improvisées. Dès le XIXème siècle, les noirs qui travaillent dans les champs de coton chantent souvent des hollers pour se donner du courage.

Ce sont des phrases aux lignes mélodiques variables, lancées par un meneur auquel répondent ses compagnons de travail. Le blues est alors essentiellement vocal et il n’y a aucune métrique ni carrure : ce sont les paroles qui structurent le rythme et le temps, et les hollers peuvent durer indéfiniment.

Si vous voulez écouter des hollers, je vous conseille vivement l’album de The Library Of Congress – Archive Of Folk Culture, Afro-American Spirituals, Work Songs, And Ballads, notamment le titre Long Hot Summer Days par Clyde Hill.

Il illustre parfaitement les hollers avec la phrase initiale du meneur de jeu à laquelle répondent les autres travailleurs, une séquence qui peut se répéter ainsi jusqu’à la fin des temps.


Dans le même genre, Long John (anonyme) est également excellent, accompagné d’un beat ultra primaire et binaire ou chaque temps est ponctué par un coup qui pourrait être frappé à l’aide d’un simple manche de pioche.

Et d’autres titres du même album qui ne sont pas toujours des hollers, valent carrément le coup d’être écoutés, comme Jumping Judy qui pourrait être considéré comme l’ancêtre de Susie Q.

UN ART TYPIQUEMENT AFRICAIN

A la base, le holler est un art typiquement africain. Il n’y a aucune métrique ou carrure. Tout est fonction du texte et l’accompagnement éventuel s’adapte naturellement.

Côté rythme, les débuts du blues sont plutôt binaires et les formules sont proches de la musique africaine sur ce plan. Cette technique est exportée en Amérique lors des grandes migrations liées à l’esclavage et on la retrouve d’abord au Texas avec le grand Texas Alexander ou dans le Delta, Charley Patton étant à cet égard le deuxième pionnier.

Le phrasé de ces premiers bluesmen est exclusivement basé sur des hollers. En général, la question est posée avec la voix et la guitare répond. C’est le fameux système question-réponse.

On l’a vu précédemment, à ses débuts, ce dialogue intervient entre les voix puis entre la voix et la guitare. Mais le système question réponse peut également s’appliquer entre deux instruments, la guitare et le piano par exemple, deux guitares, ou entre le chanteur et le musicien comme Texas Alexander et son guitariste Lonnie Johnson.


UNE SOURCE D’INSPIRATION INÉPUISABLE


Enfin, le dialogue peut s’établir avec soi-même, lorsque le chanteur est également musicien, le plus souvent guitariste, ou même lorsque le musicien pose la question et y répond lui-même.

Un système qui est donc parfaitement universel puisqu’on peut l’appliquer en toutes circonstances et l’adapter à toutes les situations.

Le holler est donc la forme de blues la plus roots, en parfaite osmose avec ses origines.

Pour les guitaristes de blues et pour tous les musiciens en général, les hollers sont une source d’inspiration inépuisable qui permet de donner un sens immédiat au phrasé.

Il est très authentique et établit une parfaite communication avec le public.

Le mois prochain et ce n’est pas un poisson d’avril, je vous proposerai deux séqences pour découvrir les hollers d’un point de vue guitaristique.


La première sera ultra simple, basée pour la question sur un phrasé lead, avec une réponse en forme de silence (et oui, la musique est l’art du silence comme disait un certain Miles Davis).

La deuxième sera plus complexe avec un système question-réponse mélodique et harmonique que vous pourrez jouer seul (dans ce cas, il y a un bon travail de préparation), ou en groupe à deux voire trois guitares. La première séquence est disponible ici : http://www.jjrebillard.fr/PBCPPlayer.asp?ID=1848970

JJ RÉBILLARD
Rédigé le  31 mars 2017 20:09 dans BLUES SECRETS  -  Lien permanent
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